LE PEUPLE A TORT, CHANGEONS DE PEUPLE !

Publié le par Nicolas Dupont-Aignan

LE PEUPLE A TORT, CHANGEONS DE PEUPLE !

Depuis l’annonce, vendredi matin, du Brexit, une avalanche de commentaires ahurissants s’est abattue sur les Français. « Cameron a fait l’erreur de consulter son peuple ». « Les Britanniques n’ont pas voté sur l’Europe ». « Ils n’ont pas réfléchi ». « Prenons garde à ne jamais organiser un tel référendum ». « Et pourtant on a tenté de leur expliquer ». « Il faut faire preuve de plus de pédagogie ». »Qu’est-ce qu’ils vont souffrir ! », et j’en passe et des meilleurs, ...

Curieusement la plupart des reportages s’arrêtent à Londres, qui est la seule ville à avoir voté majoritairement contre le Brexit. Il suffit pourtant de regarder la carte des résultats électoraux pour constater le raz de marée en faveur du « out » dans toute l’Angleterre, comme au Pays de Galles.

Il aurait été intéressant d’interroger les ouvriers qui ont voté très largement en ce sens, les habitants des petites villes, les laissés pour compte, en un mot ceux qui se sont révoltés contre cette union européenne inhumaine et chaotique. Mais non, cela est sans doute au-dessus des forces de celles et ceux qui ne peuvent pas sortir de Londres et qui n’ont pour centres d’intérêt que les banques, les marchés financiers.

Comme en 2005 en France, il ne s’agit plus d’un clivage droite/gauche, mais d’un fossé de classes. La noblesse financière, politique et médiatique (à l’exception, bien sûr, de certains journalistes impartiaux et curieux) ne veut pas voir le tiers-état qui gronde et qui, une fois de plus, s’est révolté.

À mesure que les heures passaient, il était intéressant de voir la capacité du système français à nier le sens et à la portée du résultat référendaire. Ne pouvant pas, comme en 2008 en France, bafouer le référendum, dans un réflexe pavlovien, nos élites se précipitent à Berlin au lieu de regarder en face et d'admettre les raisons profondes et évidentes de ce désaveu cinglant : le fiasco de leur UE supranationale et la révolte légitime qu'elle provoque chez les perdants de ce système inégalitaire et inefficace, mécaniquement de plus en plus nombreux.

On voit même l'esquisse d'une autocritique, mais elle ne doit en aucun cas abuser : comment nos dirigeants, au premier chef François Hollande qui porte une responsabilité écrasante dans le piétinement du référendum de 2005 par l'adoption parlementaire du traité de Lisbonne, osent-ils dénoncer une Europe « coupée des peuples » et rester aux affaires ? ! Ce sont eux les tout premiers responsables de ce déni de démocratie ! Ils rendent ainsi des comptes pour du beurre, des comptes pour rire dont ils ne tirent aucune conséquence !

En fait, leur vrai agenda n'est pas la démocratisation de ce qui ne peut pas l'être mais l'acharnement autoritaire dans la voie de l'échec qui les a pourtant conduit au fiasco. « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. », tel est leur programme, emprunté à Bertol Brecht – lauréat du « prix Staline pour la paix » deux ans plus tard - lorsqu'il applaudissait en 1953 la répression du soulèvement populaire contre le régime communiste en RDA. Bref, « changeons le peuple !», pas l'UE...

Cette fuite en avant dans la soumission, ravit le Maître allemand. Angela Merkel ne prend d'ailleurs même plus de gants, elle qui « convie » les responsables européens au moyen de ce qui ressemble bien plus à une convocation et qui cite en premier par ordre de prééminence Jean-Claude Juncker plutôt que François Hollande... Le Chef de la diplomatie de ce pays a de son côté déclaré « On ne laissera personne nous prendre notre Europe » ! Propos ambigu s'il en est, car de qui parle-t-il avec ce « nous » ? On est si loin du couple franco-allemand de la réconciliation !...

L’enjeu des prochaines années est là, il ne s’agit pas, bien évidemment, de déménager la France au milieu de l’Atlantique, mais de relever la tête pour défendre nos intérêts et se faire respecter.

Arrêtons la caricature permanente : nous ne sommes pas condamnés au terrible choix entre le mariage forcé ou la relégation à vie dans un monastère autarcique. Quand un peuple est maltraité, il a le devoir de se défendre, dans le cas d'espèce de divorcer. Cela ne l’empêchera pas, tout au contraire, de refaire sa vie, de renouer des partenariats, mais sur une base de respect et d’égalité.

Il faut passer de l’Europe subie à l’Europe choisie. C’est pourquoi, j’ai proposé un nouveau traité pour une Europe des Nations et des coopérations autour de projets concrets. Il faut remplacer en effet l’Union européenne, dont l'idéologie utopique comme le bilan sont antinationaux, oligarchiques et économiquement inefficaces, par la seule Europe qui peut marcher.

Depuis un demi-siècle les élites prétendent « construire » l'Europe dans le dos des citoyens, voire contre eux, au prétexte qu'ils seraient incapables, intellectuellement et moralement, d'adhérer à ce projet soi-disant grandiose. Mais les peuples ne sont pas aussi stupides que l'espèrent leurs gouvernants si mal intentionnés. Ils finissent donc par comprendre la vraie intention de cette "Europe", machine de guerre contre les nations, la démocratie et la justice sociale.

N’en déplaise à un grand nombre de commentateurs, les peuples sont ainsi toujours plus forts que les oligarchies, la liberté l’emporte toujours sur la dictature.

Nicolas Dupont-Aignan

http://blog.nicolasdupontaignan.fr/

Publié dans PRÉSIDENTIELLES 2017

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