DERRIERE LE MYTHE DE L’HOMME PROVIDENTIEL, L’AVATAR D’UN SYSTEME POLITIQUE A L’AGONIE

Publié le par Guillaume L. Freinet

DERRIERE LE MYTHE DE L’HOMME PROVIDENTIEL, L’AVATAR D’UN SYSTEME POLITIQUE A L’AGONIE

Le mythe « Alain Juppé, l’homme providentiel » véhiculé par les médias bénéficie d’un élément fort utile : le crâne du politicien.

S’imposant à nous dès le premier coup d’œil, celui-ci offre tous les signes de l’intelligence. C’est un beau gros crâne en forme d’ampoule, presque entièrement chauve, bien lisse, brillant, sous lequel on devine un cerveau considérable capable de résoudre, par des raisonnements complexes semblables à ceux des plus puissants ordinateurs, tous les problèmes des Français. Par ailleurs, le visage du maire de Bordeaux donne une impression de sérieux et de sobriété ; il semble ainsi écarter toute possibilité de répétition des farces pitoyables qui ont rythmé les quinquennats Hollande et Sarkozy. On remarquera la couleur invariablement rouge de ses lunettes qui, en donnant une note dynamique et moderne à une tête fondamentalement austère et sans expression, positionne le produit politique « Alain Juppé » dans la catégorie des présidentiables engageants.    

Les photos du candidat parues dans les numéros du 9 septembre du Figaro Magazine et du 21 avril de VSD constituent une iconographie utile à l’analyse du mythe construit autour de sa personne.

En page de couverture de VSD et en page 52 du FigMag, nous pouvons le contempler dans sa position favorite : la consultation de dossiers compliqués renfermant des problématiques a priori indébrouillables sur lesquelles toute la classe politique hexagonale, pourtant conseillée par des bataillons d’énarques et de normaliens, s’est cassé les dents. Son magnifique crâne rayonnant de clarté domine ces photos et leur apporte la lumière tel le soleil dans un paysage hivernal suppliant sa présence. Le sublime organe cérébral qu’il renferme conçoit déjà un ensemble cohérent de remèdes aux maux de la société française.  On notera que, dans les deux magazines, le candidat cogitant est soit installé dans un compartiment de première d’un TGV récent, soit campé dans une automobile dernier cri de la technologie française, ce qui souligne le mouvement et le modernisme qui l’animent.

L’image des pages 15 et 16 de VSD est là pour faire taire une vieille rumeur de condamnation par la justice et asseoir définitivement l’honorabilité du personnage : la rosette épinglée sur le revers de sa veste bleu foncé nous rappelle qu’Alain Juppé est Grand officier de l’ordre national de la Légion d’honneur ; il a donc rendu d’immenses services à la France et sa probité est au-dessus de tout soupçon.

Sur le cliché de la page 46 du FigMag, la présence autour de lui de jeunes groupies LR buvant ses paroles nous indique que le prétendant aux plus hautes fonctions politiques est en phase avec la nouvelle génération de citoyens dont il n’hésite pas, pour s’en rapprocher, à adopter les codes vestimentaires les plus emblématiques tel le pantalon rouge serré. Comme l’attestent les photos de la page 20 de VSD, Alain Juppé est également proche des enfants – qu’il prend volontiers sur ses genoux pour une photo-souvenir le temps d’une concession aux aspirations simples du bon peuple – et des adolescents – avec lesquels il sait parler sans se départir de son sérieux.

Notre hypothétique futur président veut aussi, grâce à la complicité des photographes, montrer qu’il s’intéresse à la vie concrète de ses concitoyens. En page 21 de VSD, on le voit, attentif et martial, dialoguer avec des policiers. En page 18, on l’observe dans la même posture en train d’intégrer dans ses réflexions les récriminations d’un fermier tout en marchant dans un village de Seine-et-Marne.

(suite demain mercredi)

Publié dans DREUZ INFO

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