A L'OCCASION DU 14 JUILLET 2019 - LA PERTE DES REPÈRES (5/6)*

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A L'OCCASION DU 14 JUILLET 2019 - LA PERTE DES REPÈRES (5/6)*

LA PERTE DES REPÈRES

Ce n’est pas obligatoirement tâche facile. Certains ne respectent plus rien. Dans notre pays plus riche que la plupart, plus libre que la plupart, la République recule, tandis que le pays se divise et se fracture. En France, 46% des 18/35 ans déclarent qu’un autre système serait « aussi bon » que la démocratie. Le 17 novembre dernier, plus d’un million de gilets jaunes ont dit sur les ronds-points leur frustration ou leur colère.

La participation au vote, si elle progresse dans notre commune, ne doit pas cacher qu’aux dernières élections, la moitié des électeurs sont restés chez eux. Le consentement à l’impôt, ce pilier du pacte social, s’effrite et certains, parmi les plus riches, se vantent ou revendiquent d’en payer peu.

L’acceptation de l’autorité diminue. Il y a des raisons qui expliquent cela : la fin de la bipolarisation et du clivage Gauche-Droite, catastrophe dont tant de gens se sont félicités à tort, la perte des repères de proximité, la famille, le village, l’emploi, la Nation, dans l’Europe et la mondialisation, l’individualisme des comportements numériques. Ce ne sont pas que des abstractions lointaines.

Ces évolutions expliquent les motos sur la dalle, les fleurs arrachées aux plates-bandes, les tags sur les murs, les incivilités beaucoup de ces choses contre lesquelles nous luttons en permanence sans nous résigner, ni renoncer, comme lorsque nous avons pris la décision que les motos circulant illégalement seront saisies et détruites, décision qui a immédiatement connue une première mise-en-œuvre tandis que le conducteur de l’engin a été mis en garde à vue.

Dans ce contexte, deux choses, récemment, m’ont choqué : Jeudi, l’équipe de l’Algérie a battu celle de la Cote d’Ivoire. C’était mon pronostic et mon espoir. Pourquoi cette qualification en demi-finale a-t-elle dégénéré ? Que tous ceux que leurs origines enracinent de l’autre côté de la Méditerranée fassent éclater leur joie comme des bretons après une victoire de Rennes, des Marseillais quand triomphe l’OM, des Brésiliens quand le PSG réussit à ne pas être éliminé, quoi de plus normal ! Mais doivent-ils prétendre, pour autant, qu’ils sont les enfants d’un pays où ils ne sont pas nés, où ils n’auraient pas eu la chance de fréquenter aussi facilement écoles et médecins, où, pour la plupart d’entre eux, jamais ils n’habiteront parce que leurs propres enfants ne le voudront pas, parce qu’on ne les y attend pas, parce qu’il n’y a pour eux ni logis ni emplois, d’un pays qui n’est pas le leur, et qui ne le sera jamais, d’une dictature dont les véritables habitants s’efforcent en ce moment même, sans violence, sans pillage, sans chichas et sans joints, de chasser le mensonge et la corruption, le népotisme et la prévarication, doivent-ils parler en dehors du cercle familial une langue qui n’est pas celle de leur pays. Je comprends qu’il faille conserver des coutumes, des vêtements, une langue qu’il faut faire vivre les jours de fête ou dans le cercle familial, mais pas, au travail, au lycée, en mairie ?

Non, la République est un creuset. C’est comme cela que cela marche. Leur mère, c’est la France par le sol et la naissance. Elle leur doit le respect et l’excellence. Ils lui doivent amour et obéissance. On ne combat pas le racisme par le racisme, mais par l’école, la médiation, le sport, l’éducation civique… Ayant été attaqué en l’espace de six mois à la fois par les intégristes obscurantistes et par les islamophobes bornés, je me sens à l’équilibre de ce qu’il faut faire.

Dans le même ordre d’idées, il y a deux semaines, notre commissariat était dégradé non par une filiale rolivaloise de Daech, même si nous subissons notre lot d’individus radicalisés, mais par un groupe de jeunes, dont les leaders sont bien connus, jetant des cailloux et se servant de mortiers d’artifice. Cela signifie-t-il que Val-de-Reuil est à feu et à sang ?

Je me suis chargé de répondre – c’est mon travail – à cette ineptie de Mme Le Pen reprise par MM. Ciotti et Estrosi qui auraient mieux fait de protéger les Niçois tombés sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016. Je l’ai fait seul sans l’aide des trois autres maires de la zone Police qui n’ont pas eu un mot de soutien pour ceux qui assurent notre sécurité et ne consentent pas les mêmes moyens que nous à une police municipale. Mais, sans doute, ai-je fait une erreur. Parce que je fais du commissariat le premier partenaire de la mairie en matière de sécurité, le commissaire Daubigny que je vois partir à regret, même si j’ai appuyé sa mutation, le sait bien, je n’ai pas dit avec assez de force que celui qui jette un caillou sur un policier le jette sur moi et que celui qui l’insulte m’insulte moi.

Les forces de l’ordre, comme les pompiers, les militaires, les gardiens de prisons, les cadres de l’Epide, sont partout et toujours nos alliés. Nous les admirons et les aimons. J’ai saisi M. Castaner afin qu’il affecte des agents dans un commissariat qui ne peut fonctionner avec 50% des effectifs.

(Suite & fin : demain mardi)

A L'OCCASION DU 14 JUILLET 2019 - LA PERTE DES REPÈRES (5/6)*

Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

 Président de la commission des finances

du Conseil Régional de Normandie

 

* Les titres et les illustrations sont le choix de la rédaction.

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