LE GAULLISME EST-IL MORT ? Par Pierre HABIB-DELONCLE

Publié le par Pierre HABIB-DELONCLE

LE GAULLISME EST-IL MORT ? Par Pierre HABIB-DELONCLE

Cela fait 65 ans, le 18 Juin, que je me suis rendu à mon premier Mont-Valérien. C’était pendant la Traversée du désert. La clairière était remplie de compagnons fidèles qui étaient pleins d’espoir et qui espéraient l’avenir de la France avec de Gaulle. Ils furent comblés en 1958 et ils vécurent comme tous les Français dix années glorieuses. C’est à ce moment-là que fut formé un socle magnifique sur lequel vit encore notre pays, malgré les sérieux amoindrissements, qui, au fil des 60 dernières années, l’ont en bonne partie affaibli.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le Gaullisme est-il mort ? Lors de conversations avec de vieux compagnons, nous constatons que le Gaullisme n’est plus représenté sur l’échiquier politique français. Si l’on avait eu besoin d’une démonstration, le résultat des élections européennes aurait parfaitement fait l’affaire. A la question posée, apparemment, on ne peut que répondre oui malheureusement.

Pourtant, tout le monde ou presque se dit gaulliste, pour, dans la réalité, faire exactement le contraire. Le Président Macron disait l’autre jour devant la statue du Général : «On sait ce qu’on lui doit !». Cela ne l’empêche pas  de mener une politique qui est loin du Gaullisme. En politique étrangère, il prône le multilatéralisme, il va vers l’Europe intégrée au lieu de promouvoir l’Europe des Nations qui est pourtant la seule voie pour sauver l’Europe, il place la France encore un peu plus loin dans l’orbite américaine poursuivant la démarche de Sarkozy lorsque ce dernier nous avait fait réintégrer l’OTAN. L’instauration de la proportionnelle, si faible soit-elle, est contraire au Gaullisme, qui veut que les élections dégagent une majorité assurant la stabilité et permettant un Etat fort. Elle entraîne une nouvelle détérioration des institutions de 1958, auxquelles il faudrait pourtant revenir, en les aménageant sur quelques détails, notamment la cohabitation.

La France continue à s’affaiblir. Sa grandeur diminue. Elle perd rapidement son poids sur la scène internationale. Quelles sont son influence dans le monde et sa puissance aujourd’hui ? Quasiment rien. La France est dans une situation catastrophique. Tout le monde se voile la face. Dans ce domaine, l’immense actif fabriqué par de Gaulle est pratiquement dissous. Au lieu d’entreprendre de nouvelles conquêtes, on préfère s’envaser dans de tout petits sujets de la dimension des caniveaux.

À gauche et à l’extrême gauche, qui ne valent pas mieux que l’extrême-droite, on continue imperturbablement de véhiculer la lutte des classes alors que le Gaullisme appelle au rassemblement, au rassemblement patriotique. L’extrême-droite a toujours été antigaulliste, elle a le plus souvent préférer voter à gauche plutôt que de choisir les gaullistes. Elle est toujours prisonnière des mauvaises herbes qui ont pris racine à Vichy. Sa position et ses campagnes pour l’instauration de la proportionnelle sont incompatibles avec le Gaullisme.

Les macronistes, au milieu desquels pullulent des Strauss-Kahniens défroqués, n’ont pas un projet ambitieux. Ils surfent sur l’alternative de Macron, nationalisme-progressisme qui n’a pas de sens, comme si on ne pouvait pas être à la fois pour la Nation et pour le progrès. Rejeter la nation est aux antipodes du Gaullisme. Michel Debré écrivait : «Jusqu’à notre dernier souffle, au service de la Nation !». Le quotidien gaulliste s’appelait «La Nation». Sommes-nous nationalistes demandait Alain Peyrefitte à Charles de Gaulle. Après un temps de réflexion, ce dernier de répondre : «Nous ne sommes pas nationalistes, nous sommes des nationaux !». Autrement dit, Macron, qui n’a jamais parlé de l’Europe des Nations, se serait opposé à de Gaulle sur  ce thème fondamental qu’est l’Europe.

Les centristes, toujours assis entre deux chaises, sont toujours allergiques aux grandes orientations du Général et à ses principes d’action. Il reste les  Républicains. Ces derniers sont théoriquement les successeurs des mouvements gaullistes. Mais, ressemblant plus à l’UDF qu’au RPR, ils ne se réclament plus du gaullisme. C’est devenu un syndicat de porteurs de mandats, d’élus locaux et d’attachés parlementaires, de niveau assez faible, qui traitent les problèmes à l’aune des «territoires», ce mot bateau qu’on prononce à tous les coins de discours. Incapables de bâtir un projet qui tire la France vers le haut, ils se contentent comme les macronistes de traiter des questions de détail. Eric Woerth, à qui je parlais de grands hommes, les a balayés d’un grand revers de la main : «Il n’y a plus de grands hommes !» oubliant RENAN qui écrivait : «En somme, la fin de l’humanité, c’est de produire des grands hommes, rien d’autre que des grands hommes. C’est par les grands hommes que passera le salut». La vacuité des Républicains s’est traduite par la déconfiture que l’on sait. Les Républicains n’auront d’avenir que s’ils retrouvent le Gaullisme.

Le Peuple français se laisse aller. Il n’a qu’une vision étroite  des grands enjeux, notamment internationaux et mondiaux. Il vogue des problèmes de société aux recettes de cuisine. On vient de le constater lors du débat européen. On a réussi à faire croire que la question était pour ou contre l’Europe alors que le choix était ternaire : la fin de l’Europe, l’Europe intégrée -et la fin des peuples et nations-, l’Europe des Nations, autour duquel tous pouvaient se retrouver. Un mot a été quasiment absent de la campagne : l’indépendance ! Les malentendus demeurent.

Le Peuple français ne voit pas loin. Est-il encore solidaire de la Patrie ? Trouverait-on encore à l’Ile-de-Sein beaucoup d’hommes capables de traverser la Manche pour rejoindre la France Libre ? Y-a-t-il encore beaucoup de Français qui accepteraient de mourir pour leur pays ? Qui est prêt, au nom de l’intérêt général, à faire passer la France avant les Français ?  A vouloir une belle croissance assise sur une économie de production et une recherche qui trouve avant les autres –notamment en matière de Défense-, à instaurer la Participation qui doit constituer la nouvelle politique sociale du Pays comme le pensait Chaban-Delmas, à lancer une grande Fondation pour l’Afrique. Par exemple !

De Gaulle ? «Mais, mon bon Monsieur, c’est loin, c’est une autre époque», dit madame Michu, sans chercher à porter un jugement de valeur sur ce qui se faisait et sur ce qui se fait maintenant. Ceux qui ont connu l’époque gaulliste sont affligés de voir des journalistes prendre comme seules références les septennats de Sarkozy et de Hollande. De Gaulle ? «Ne me parle plus de lui», me dit une vieille amie, pourtant proche du Général.

Alors, en regardant tout le paysage, on ne peut que conclure à la mort du Gaullisme. Pourtant, «le dernier mot est-il dit ?». Non ! Si les flammes n’apparaissent plus, les braises sont toujours là. Beaucoup, silencieux, guettent toujours la lueur de l’espérance. Ils relisent de Gaulle, 50 ans après, et ils se disent «Bon sang ! Mais c’est ça qu’il faut faire». Ils ne sont plus très nombreux, ceux qui ont vécu cette époque, ceux qui ont manifesté le 30 Mai 1968. Il est urgent qu’ils transmettent. Compagnons gaullistes, de gauche, de droite et d’ailleurs, regroupons nous pour une nouvelle époque de la grandeur de la France. Après tout, il nous l’a dit avant de partir : «l’immense armée de ceux qui me soutiennent et qui, de toute manière, détiennent l’avenir». Faisons revivre le Gaullisme ! 

  Pierre HABIB-DELONCLE,

Président de l’Association 30 Mai 68

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Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

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