“L’ÉGLISE EST PLONGÉE DANS L’OBSCURITÉ DU VENDREDI SAINT” (6/10)

Publié le par la-petite-souris-normande.com

“L’ÉGLISE EST PLONGÉE DANS L’OBSCURITÉ DU VENDREDI SAINT” (6/10)

Cette désaffection vis-à-vis de l’Eglise, les responsables catholiques ont souvent tendance à la mettre sur le dos du matérialisme ambiant, des évolutions de la société. Ne serait-il pas utile que l’Eglise s’interroge aussi sur ses responsabilités, sur la façon dont elle a pu éloigner les fidèles en désacralisant la liturgie, en tournant le dos à la pitié populaire ou en affadissant sa prédication ?

Je suis convaincu que la responsabilité première de cet écroulement de la foi doit être assumée par les prêtres. Dans les séminaires ou dans les universités catholiques, nous n’avons pas toujours enseigné la doctrine. Nous avons enseigné ce qui nous plaisait ! Le catéchisme aux enfants a été abandonné. La confession a été méprisée. D’ailleurs, il n’y avait plus de prêtres dans les confessionnaux !

Nous sommes donc partiellement responsables de cet effondrement.

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt en particulier, chaque prêtre faisait ce qu’il voulait à la messe. Il n’y avait pas deux messes qui se ressemblaient : voilà ce qui a découragé tant de fidèles d’y venir.

Le pape Benoît XVI dit que la crise de la liturgie a provoqué la crise de l’Eglise. Lex orandi, lex credendi : comme on prie, on croit. S’il n’y a plus de foi, la liturgie est réduite à un show, à un folklore, et les fidèles se détournent.

Nous avons probablement été coupables de négligence. La désacralisation de la liturgie a toujours des conséquences graves. Nous avons voulu humaniser la messe, la rendre compréhensible, mais elle reste un mystère qui est au-delà de la compréhension.

Quand je dis la messe, quand je donne l’absolution, je saisis les mots que je dis, mais le mystère que ces mots réalisent, l’intelligence ne peut pas le comprendre. Si nous ne rendons pas justice à ce grand mystère, nous ne pouvons pas amener le peuple à une vraie relation à Dieu.

Aujourd’hui encore, nous avons une pastorale trop horizontale : comment voulez-vous que les gens pensent à Dieu, si ce sont uniquement les questions sociales qui occupent l’Eglise ?

On attend de façon imminente une réforme de la curie romaine. Dans votre livre, vous êtes assez sceptique sur ces réformes de structure…

La vraie réforme porte sur notre propre conversion. Si nous ne changeons pas nous-mêmes, toutes les réformes de structure seront inutiles. Laïcs, prêtres, cardinaux, nous devons tous revenir vers Dieu.

L’histoire a connu deux réformateurs : Luther, qui a voulu changer la face de l’Eglise et qui a fini par en sortir, et François d’Assise qui a transformé l’Eglise en vivant radicalement l’Evangile.

Aujourd’hui, la vraie réforme, c’est une vie radicalement évangélique. Mère Teresa, d’une manière discrète et humble, a réformé l’Eglise, en ne se lassant pas de proclamer à la face du monde : ”Occupe-toi des pauvres, mais avant cela, occupe-toi d’abord de Dieu”. Elle savait par expérience que nous sommes trop pauvres pour nous occuper des pauvres. Tant que nous ne sommes pas enrichis par la présence de Dieu en nous, on ne peut pas s’occuper des plus faibles.

Laurent Dandrieu

Publié dans Valeurs Actuelles

le 27/03/2019

Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

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