BILAN DE L’ÉTÉ 2019

Publié le par Nicias

BILAN DE L’ÉTÉ 2019

Un bilan, Météo France le fait, alors pourquoi pas nous. Avec un peu de contexte historique, on peut parler de climat sur un sujet météo.

C’est la fin de l’été, donc l’occasion de dresser un bref bilan météo de ces derniers mois.

Encore un été remarquablement chaud, sec et ensoleillé en France (après ceux de 2018 et 2017), avec 2 semaines de pics de chaleur extrêmes particulièrement notables et intéressants (fin juin et fin juillet). Des épisodes de ce genre sont cohérents dans un contexte climatique chaud, mais l’Europe occidentale est particulièrement concernée ces dernières années (en y incluant aussi 2015).

C’est probablement la loi des séries qui se manifeste ici, car des régions de l’hémisphère nord n’ont pas connu un été chaud, au contraire. Par exemple la partie européenne de la Russie a connu un été pourri (fraîcheur et succession de passages pluvieux), ou encore le centre de l’Amérique du nord. Notons aussi l’hiver relativement froid à l’échelle de tout l’hémisphère sud, qui fait moins parler de lui mais qui a autant d’importance que l’hémisphère nord. Au final, un indicateur de température mondiale pas très spectaculaire cet été, avec un excédent modéré et inférieur à celui de l’année dernière.

La France pense que le réchauffement s’intensifie car elle a de fait plus chaud mais elle ne regarde pas ailleurs dans le monde, et les médias n’y aident pas. Trump et beaucoup d’Américains ne croient pas au « réchauffement » mais il est vrai que le centre et l’Est des Etats-Unis se sont peu réchauffés depuis plusieurs dizaines d’années. En outre, les Américains sont habitués depuis toujours à subir des événements météorologiques extrêmes (tornades, cyclones, blizzards, brusques changements de température, etc.).

La tendance pour les années à venir en France reste donc ouverte, ainsi une série d’années moyennes voire mauvaises peut très bien succéder à une série d’années belles et chaudes. Dans un tel scénario, nul doute que nous nous plaindrions et certains se moqueraient des élites en parlant de « refroidissement » ou de « changement » climatique, mais l’écueil est toujours le même : La France ne prend aucun recul spatial et historique. Car dans le même temps, de chaudes années pourraient se succéder au Québec par exemple (les Québécois enchaînent les déficits de température ces dernières années).

Le sujet des climats se traite donc avec du recul, spatial (d’où le pluriel) et temporel. Il faut savoir que la loi des séries en météo peut opérer de façon sévère sur des durées parfois très longues à l’échelle d’une vie humaine.

Quelques exemples : Au XIXe siècle, de 1846 à 1876, la France subit tant d’inondations que le pouvoir mit en place des politiques de reboisement, croyant ainsi à tort limiter les écoulements de façon significative ; A l’époque, l’historien Maurice Champion, chargé par Napoléon III de dresser l’inventaire historique des inondations connues jusqu’alors, publia un ouvrage de… 3.000 pages. Puis le temps passa et le climat devint nettement plus sec.

Entre 1880 et 1909, soit sur 30 ans, seulement 4 années enregistrèrent un excédent de pluie en Ile-de-France…

La fin du XIXe siècle fut marquée par de grandes sécheresses et de fortes vagues de chaleur. Comment, dans ces conditions, imaginer que la Seine allait déborder de façon considérable en janvier 1910 ?

Effectuons un bond dans le temps : Après de nombreuses canicules entre 1942 et 1952, le climat se rafraîchit tant et si bien durant 30 ans qu’on eût du mal à imaginer atteindre 40°C en France (ce qui pourtant était arrivé avant) : 5 étés frais et pourris consécutifs (1977-1981) au terme de 30 ans de rafraîchissement, ajoutés aux annonces de retour à l’ère glaciaire formulées par les scientifiques de l’époque (tandis que les glaciers avançaient effectivement), mirent un terme aux espoirs d’une amélioration des conditions météorologiques. Mais contre toute attente, le climat se réchauffa nettement dans les années 80 et 90 et les beaux étés revinrent en force.

Il existe donc ainsi une superposition entre des tendances thermiques de long terme (réchauffement, refroidissement) et des séries de phénomènes météo de même nature dont la répétition sur une échelle de temps plus courte est interprétée (généralement à tort) comme une évolution climatique.

La chose se complique quand on sait que les tendances de long terme ne sont pas uniformes sur la planète…

Quoi qu’il en soit, pour ce qui nous concerne, il faut apprécier de vivre une période chaude, car, comme montré historiquement, la chaleur et le soleil sont favorables aux récoltes (notamment le blé, plante d’origine asiatique – à l’opposé le maïs est beaucoup plus gourmand en eau) et à la santé (le froid même modéré tue beaucoup plus que le chaud).

A ce titre, pour la France je préfère parler de radoucissement climatique, opéré essentiellement au XXe siècle et accentué en ville du fait de l’îlot de chaleur urbain : Ainsi à Paris, la température moyenne annuelle est passée de 12°C il y a 100 ans à près de 15°C au début du présent siècle.

Les saisons intermédiaires ont beaucoup gagné : Les jours de chaleur précoce ont pris le pas sur les désagréables froids tardifs (sans les supprimer totalement), et les arrière-saisons sont devenues bien agréables (périodes d’été indien fréquentes). Les hivers sont devenus moins fatigants (douceur) et les étés certes imposent quelques séquences de chaleur pénible mais le nombre de jours modérément chauds a également augmenté.

Il serait donc bien d’apprécier enfin vraiment la période climatique bénie que nous vivons actuellement. D’autant qu’à nos latitudes, les événements météorologiques extrêmes, liés au gradient thermique pôle/équateur, semblent se raréfier lorsque le climat se réchauffe. A grande échelle, la montée des eaux reste lente (pas d’accélération), de l’ordre de quelques mm par an, et le recul des glaces est plus lent (notamment, stabilisation de la banquise en Arctique depuis 2007).

Des conditions similaires ont prévalu au Moyen Age, notamment au XIIIe siècle, les chroniques faisant mention de fréquentes et longues périodes de temps chaud, sec et ensoleillé, et de rares périodes rigoureuses (froid ou pluie abondante). Cet âge d’or climatique a contribué au développement du pays. Certaines années, on moissonnait en juin même dans le nord et les arbres fruitiers donnaient deux récoltes. Les vagues de chaleur parfois intense donnaient, certains jours, l’impression d’être dans un four (comme quoi les 40°C ne datent pas d’hier) y compris dans le nord. Seules quelques sécheresses sévères furent dommageables.

En revanche, par la suite, le climat s’est refroidi et dégradé, dès le début du XIVe siècle, avec un minimum au cours de la seconde partie du règne du Roi Soleil (Quelle ironie !), marquée par quelques séries d’hivers très rigoureux et/ou de fortes pluies printanières et estivales gâchant sérieusement les récoltes.

Mais même au plus fort du refroidissement, la France a connu des étés brûlants (1718, 1719 par exemple). Tout est donc possible en météo… Imaginons qu’une vague de froid record s’abatte en France en décembre prochain…

Quelques exemples d’étés très chauds (extrait des chroniques) :

Il ne plut pas ou presque pas pendant les mois de février, mars et avril 1204 : de fortes chaleurs succédèrent à ces trois mois de sécheresse.

L’année 1212 fut très sèche. L’extrême sécheresse de l’année 1226 entraîna la ruine de presque toutes les récoltes d’été : l’automne de cette année se montra encore chaud et sec. Cette chaleur sèche continue produisit dans toute la France une quantité prodigieuse de vin.

Il ne plut pas pendant tout l’été 1287 ; les puits et les fontaines tarirent.

Les deux années de 1718 et 1719 eurent l’une et l’autre des chaleurs sèches, violentes, longues et soutenues. A Paris, le 7 août 1718, le thermomètre de Lahire, malgré son exposition défavorable, indiqua néanmoins vers trois heures de l’après-midi 35° ou 36° : il s’éleva aux mêmes chiffres le 11, le 21 et le 23. Un hiver très doux succéda à ces chaleurs. La plupart des arbres se couvrirent de fleurs dès le mois de février et de mars 1719.

Les fortes chaleurs reparurent avec le mois de juin. Plus intenses que celles de l’année précédente, elles durèrent aussi beaucoup plus longtemps. A Paris, le thermomètre de Lahire indiqua au maximum une température de 37° ; en outre, la table de Cassini attribue à cet été quarante-deux jours d’une température de 31° ; enfin, les chaleurs ont persévéré trois mois et demi, depuis le mois de juin jusqu’à la moitié du mois de septembre. L’extrême abaissement des eaux de la Seine au pont de la Tournelle, durant cette année si sèche, donna le zéro des mesures pour les hauteurs variables de ce fleuve.

Le père Feuillée, cité par Maraldi, écrivait en même temps de Marseille que des chaleurs insolites y avaient fait refleurir les arbres au mois d’octobre, et qu’ils s’étaient plus tard chargés de nouveaux fruits. Les froids survenus au mois de décembre empêchèrent ces fruits de grossir comme à l’ordinaire, mais ils ne les empêchèrent pas d’aboutir à une parfaite maturité. Le père Feuillée ajoute qu’il a cueilli, le 18 décembre, des cerises et des pommes complètement mûres.

La France pittoresque

Source : Changement climatique

Publié le 20/09/2019 par Nicias

Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

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