“DOUCE FRANCE, OÙ EST PASSÉ TON BON SENS ?” (Sonia Mabrouk (1)

Publié le par Valeurs Actuelles

“DOUCE FRANCE, OÙ EST PASSÉ TON BON SENS ?” (Sonia Mabrouk (1)

Racines chrétiennes, identité, souveraineté… Avec Douce France, où est (passé) ton bon sens?, la journaliste de CNews et Europe 1 Sonia Mabrouk tente de lutter contre le délitement français. Entretien animé par Charlotte d'Ornellas et Geoffroy Lejeune et publié par Valeurs Actuelles le 11 septembre 2019.

Valeurs actuelles. Qu’avez-vous pensé des propos de Lilian Thuram sur « les Blancs » qui se penseraient « supérieurs » ?

Sonia Mabrouk : J'ai été partagée, en réalité. L'essentialisation m'a évidemment choquée, d'autant que cet homme est très admiré par certains jeunes et que son message est catastrophique.

Le deuxième problème, c'est que cela révèle un cheminement dans le combat antiraciste de Lilian Thuram. Il est en train de dévoyer son message. Il a laissé entendre que ses propos avaient été tronqués, mais la phrase en elle-même est inacceptable.

Cette phrase n'est-elle pas, plus largement, significative de l'évolution de l'antiracisme ?

Sonia Mabrouk : L'antiracisme actuel est l'une des plus grandes perversions qu'il y ait dans notre débat public, politique et sociétal. C'est très difficile d'opposer des arguments à ces militants, parce qu'ils vous répondront toujours qu'ils sont l'antiracisme. Mais aujourd'hui, l'antiracisme est entièrement dévoyé, ils sont eux-mêmes devenus les porteurs et les vecteurs d'un autre racisme. Quand on dit “les Blancs”, on véhicule les germes d'un racisme installé.

L'identité est un trou noir de notre débat

Vous parlez beaucoup de ces questions identitaires dans votre livre…

Sonia Mabrouk : L'identité est un trou noir de notre débat, plus personne n'ose d'ailleurs s'y aventurer, que ce soit au gouvernement, dans l'opposition, et même à l'extrême droite !

Moi, j'ai la conviction que c'est un sujet essentiel. Je donne d'ailleurs dans le livre nombre d'exemples de pays de l'autre côté de la Méditerranée qui ont abordé ce sujet et où cela a fait énormément de bien. J'ai regardé les échanges en Égypte : c'était incroyable, passionné… Il y avait des jeunes et des moins jeunes qui débattaient autour de leur identité et je les enviais vraiment. C'est impossible à faire en France et je n'arrive pas à l'admettre.

Sans l'admettre, comment l'expliquez-vous ?

Sonia Mabrouk : Je vois qui sont les personnes qui nous confisquent ce débat, toujours les mêmes. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'aujourd'hui certains s'interdisent d'en parler alors qu'ils le faisaient auparavant. Avant, on savait que les discussions allaient être vives et passionnées. Maintenant, il y a une forme de honte… Voilà ce que je ne comprends pas.

Certains n'osent pas en parler parce qu'ils trouvent que ça enferme, que ça inhibe...

Sonia Mabrouk : Mais au contraire ! Quand on en a parlé en Tunisie, après la révolution, pour savoir si les Tunisiens étaient plutôt africains, maghrébins ou descendants des Phéniciens, cela a permis de créer des ponts entre les générations.

Donc, soit ces pudeurs traduisent une méconnaissance du débat sur l'identité ; soit, et je pencherais plutôt pour ça, c'est surtout un moyen d'acheter une paix sociale. Dans ce cas-là, c'est totalement contre-productif car la paix ne sera acquise que si on aborde ce sujet.

Moi, je n'ai jamais été dans une position victimaire, même quand il y a eu des difficultés.

Publié dans A SAVOIR...

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