“DOUCE FRANCE, OÙ EST PASSÉ TON BON SENS ?” (Sonia Mabrouk (4)

Publié le

“DOUCE FRANCE, OÙ EST PASSÉ TON BON SENS ?” (Sonia Mabrouk (4)

Vous prenez également la défense du mot “souveraineté”…

Sonia Mabrouk : J'ai un vrai attachement à ce mot, à sa racine, et je regrette qu'il soit dévoyé et méprisé dans le débat public. La souveraineté est, historiquement, la base même de notre démocratie. C'est exactement comme sur le terrain de l'identité, du terroir, de nos racines et de nos traditions. Il faut retrouver notre bon sens de toute urgence et préserver ce que nous sommes !

Si on arrive à désinhiber le christianisme et à “christianiser” l'islam, on pourra éviter le choc.

Lorsque vous étiez adolescente et rebelle à l'apprentissage des chants traditionnels, votre grand-mère vous a répondu : « Tu verras en grandissant pourquoi il est important pour toi de les écouter et pour moi de te les transmettre. » Sommes-nous un pays adolescent ?

Il y a un peu de ça… Elle avait raison, et me parlait alors de ce patrimoine et de ces traditions que l'on appelle aujourd'hui “folklore” avec beaucoup de dédain. En Tunisie, on m'a toujours appris à le transmettre et à le respecter. En France, on l'ignore et on peine à s'en revendiquer. Là encore, d'autres pays s'en réclament fièrement. Je ne sais pas pourquoi on devrait s'interdire cela en France !

Vous abordez la question islamique, et dénoncez l'islamisme, mais précisez aussi qu'il ne progresse qu'en raison de la disparition progressive de la chrétienté comme civilisation. Cela revient dans tous vos livres… Les racines chrétiennes de la France vous manquent ?

Ce qui me manque, c'est la référence aux civilisations. On n'arrête pas d'entendre parler du naufrage des civilisations, j'ai la conviction que le sursaut n'est pas impossible !

On entend que l'islam est conquérant et qu'il se propage, et c'est une vérité. Mais s'il est conquérant, c'est en raison de nos faiblesses. Et l'une d'elles est la place laissée par la civilisation chrétienne occidentale.

Les civilisations ne peuvent être pérennes que si elles s'équilibrent. Or, trop de chrétiens ont honte de l'être et beaucoup de musulmans ont, à l'inverse, une volonté de revendication. Si on arrive à désinhiber le christianisme et à “christianiser” l'islam, on pourra éviter le choc.

Vous abordez les questions civilisationnelle, religieuse, spirituelle… On sent un attachement incroyable à cette chrétienté, alors que vous êtes musulmane.

Ce qui me surprend et me trouble toujours, c'est qu'il faut être né ailleurs pour pouvoir déclarer son amour à la France.

Les racines chrétiennes, ce n'est pas ma culture éducative, ce n'est pas mon environnement premier, mais c'est pour ça que j'en parle avec beaucoup de détachement. C'est sans doute pour cela aussi que j'y suis aussi attachée.

Mais je suis toujours frappée que ceux qui les portent, les incarnent et qui doivent, normalement, mener ce combat soient aux abonnés absents, culpabilisés et honteux. On marche sur la tête !

La littérature française est imprégnée de chrétienté, l'histoire évidemment, et même les paysages.

La question ne devrait pas être : “Est-ce que la France a des racines chrétiennes ?”, mais : “La France a des racines chrétiennes, comment peut-elle en parler et assurer la pérennité de cette civilisation ?”

Il nous faut de toute urgence un projet de civilisation. Je sais que ça devrait venir d'en haut, mais on ne va pas attendre… Il faut se nourrir des exemples que l'on a. Arnaud Beltrame a pour moi incarné cela.

Dans un autre style, l'incendie de Notre-Dame nous a prouvé que nous étions incroyablement attachés au cœur de notre pays. Alors on fait quoi ? On oublie et on tourne la page ? Je refuse.

 

Entretien animé par Charlotte d'Ornellas et Geoffroy Lejeune

Publié par Valeurs Actuelles le 11 septembre 2019

“Douce France, où est (passé) ton bon sens ?”,

de Sonia Mabrouk,

Plon, 176 pages, 19 €.

Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article