VŒUX DE M. MARC-ANTOINE JAMET AUX HABITANTS ET PARTENAIRES DE LA VILLE DE VAL-DE-REUIL (3/5)

Publié le par Marc-Antoine JAMET

VŒUX DE M. MARC-ANTOINE JAMET AUX HABITANTS ET PARTENAIRES DE LA VILLE DE VAL-DE-REUIL (3/5)

Il est une dernière date que je veux mentionner ce soir, pour être certain qu’elle soit citée au moins une fois en 2020. Elle prend ici, à Val-de-Reuil, sa pleine signification.

 

Il s’agit du 10 juillet 1970. Spontanément, cette journée ne dit rien à personne et c’est normal. Il est rare qu’on lise le Journal Officiel à la plage. Pourtant une Loi fût promulguée ce jour d’été. Elle ne donnera lieu à aucune commémoration nationale. Elle n’en concerne pas moins tous ceux qui sont aujourd’hui dans cette salle.

 

Alors que Luis Mariano s’envolait au paradis des chanteurs de charme pour y retrouver la belle de Cadix à qui il ne fit aucun mal, la Loi du 10 juillet 1970 « tendant à faciliter la création d’agglomérations nouvelles » avait tout pour finir aux oubliettes de la Vème République. Elle n’était pas gravée dans le marbre où s’inscrivent les révolutions et les constitutions.

 

 

VŒUX DE M. MARC-ANTOINE JAMET AUX HABITANTS ET PARTENAIRES DE LA VILLE DE VAL-DE-REUIL (3/5)

Pourtant, ici, il nous faut nous en souvenir. Elle proposait une manière inédite de voir, de vivre, de bâtir, la ville. Après un comité interministériel d’aménagement du territoire de 1967 qui en fixa l’emplacement entre forêt de Bord et bords de l’Eure, de préférence au site de Mantes-la-Jolie, avant les premières pierres de 1973 et les premiers habitants de 1975, avant la privation du droit de vote en 1981 et l’humiliation du changement de nom en 1985, cette Loi marquait la création de l’ensemble urbain du Vaudreuil Ville Nouvelle devenu Val-de-Reuil.

 

Cette Loi, c’est l’origine de notre origine. C’est notre acte fondateur. C’est notre héritage.

 

Cette Loi, c’est un sillon qui est devenu sillage.

 

Cette Loi, c’est la route que nous avons empruntée et sur laquelle marcheront les générations qui viendront après nous.

 

Cette Loi, c’est la marque d’une France qui conforte son unité, organise sa diversité, revendique sa proximité à l’inverse d’une époque qui segmente et fragmente, qui catégorise et divise.

 

Cette Loi, elle définit un espace commun, celui de l’urbanisme et de l’urbanité, de la rencontre et du partage, de l’écoute et du dialogue, du métissage des parcours, des savoirs, des cultures, des expériences. Elle a forgé l’identité d’une Ville. La nôtre.

 

Voilà pourquoi, 50 ans après que le soleil s’est couché sur les villes nouvelles, magnifique levier d’ambitions et de transformations pour la France, outil d’aménagement de son territoire, grande cause républicaine et objectif sacré de l’action publique, les Rolivalois peuvent affirmer que la création de leur ville ne fût pas un échec et revendiquer sa réussite.

 

Une réussite parce que, si nous ne pouvons aligner les 140.000 habitants sur lesquels comptaient nos créateurs, nos 15.000 habitants ont une identité rolivaloise qui leur est propre, qui est forte, une identité, avec des traits de caractère et des vérités que nous ont aidés à faire naître nos contempteurs, ses rivaux un peu vains à qui il aura fallu mille ans, aux uns une route et un cantonnier, aux autres le fusion de deux paroisses de village, pour enfin sortir du brouillard, ceux qui ne nous ont pas acceptés, ceux qui nous ont rejetés, ceux qui ont dit pis que pendre de la cité contemporaine.

 

Une réussite parce que nous ne sommes pas une ville normande, sénégalaise, marocaine, kurde ou laotienne, mais une ville française en Normandie où il se trouve que vivent, aussi, des hommes et des femmes d’origine arabo-musulmane, africaine, indochinoise, et de bien d’autres lignées encore, qui n’ont pas versé dans le multiculturalisme, mais ont su, à partir de leurs différences, construire une communauté municipale dans un cadre national.

 

 

VŒUX DE M. MARC-ANTOINE JAMET AUX HABITANTS ET PARTENAIRES DE LA VILLE DE VAL-DE-REUIL (3/5)

Une réussite, parce que si ce territoire compte une gare et des échangeurs autoroutiers, des usines et des emplois, deux collèges et un lycée, une base de loisirs, des équipements sportifs et des infrastructures culturelles, des notaires et des médecins, c’est d’abord grâce à l’élan, ensuite grâce à l’argent, que la fondation de notre Ville lui a apporté, puis donné, quand tant de choses avant sa naissance déclinaient, s’asphyxiaient, mouraient entre Elbeuf et Évreux.

 

Une réussite parce que nous avons été avec nos mesures de l’air, notre télévision par câble, notre radio locale, nos constructions bioclimatiques, des précurseurs, des éclaireurs de la défense de l’environnement, l’aiguillon de modernité d’un territoire où 50% des maisons ignoraient jusqu’alors sanitaires et salles de bains.

 

Une réussite parce que notre logement social a été une soupape d’habitat pour les couples qui divorçaient, pour les étrangers qui arrivaient, pour les enfants qui décohabitaient, pour les aînés qui vieillissaient, pour les salariés qui perdaient leur emploi, non pas à Val-de-Reuil, mais parmi la trentaine de communes qui nous entourent. Les statistiques les plus récentes l’établissent.

 

Une réussite, parce que si l’agglomération à laquelle nous appartenons vit dans l’aisance et ne cesse, quasi clandestinement, de grossir en personnel, en budget, en compétences, c’est - principalement - grâce aux richesses produites sur notre sol et en vertu de notre décision d’être avec Incarville et Louviers, à l’exclusion de toute autre localité, les fondateurs de l’intercommunalité. Mais la reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme…

 

 

VŒUX DE M. MARC-ANTOINE JAMET AUX HABITANTS ET PARTENAIRES DE LA VILLE DE VAL-DE-REUIL (3/5)

Une réussite parce que nos rues, nos bâtiments, nos voûtes, nos passerelles, forment non seulement un réseau social et humain, mais aussi un paysage unique et qui n’est pas anonyme, un décor daté, exceptionnel, reconnaissable, attribuable à un courant d’architecture, l’Atelier de Montrouge, et à un urbaniste, Gérard Thurnauer dont les enfants viennent selon ses dernières volontés de nous léguer la collection de tableaux modernes. Le Germe de Ville mériterait, comme le Havre d’Auguste Perret, d’être classé par l’UNESCO, pour sa singularité, pour ce qu’il représente de la France des Trente Glorieuses au patrimoine mondial de l’Humanité.

 

Une réussite, parce que, à l’heure où il est mis en cause, alors que celles et ceux qui le servent sont trop souvent stigmatisés, c’est l’idée et la valeur même du service public qui, véritable colonne vertébrale, orientent notre fonctionnement quotidien de la commune. Chez nous, il n’est pas seulement le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Il est concrètement le droit qu’a tout citoyen de la République, où qu’il habite et d’où qu’il vienne, d’accéder à l’éducation, à la santé, aux déplacements, à la culture.

 

Une réussite parce la ville, plus que la campagne, est le lieu où sont posés les principaux défis de notre siècle - le défi climatique et énergétique, le défi économique et technologique, le défi civique et démocratique - et qu’il n’est pas un jour où Val-de-Reuil ne soit le terreau d’une innovation, d’une action, d’une amélioration pour y répondre.

 

Nous pouvons donc nous regarder sans honte dans un miroir et affronter sans émotion le regard de nos voisins. Pour autant, notre avenir n’est pas exempt de dangers.

 

Il en est deux qui vont ensemble. Ils se font la courte échelle. Ils font semblant de s’affronter, mais complotent ensemble à notre perte. Ce sont le communautarisme et l’extrémisme. Le narcissisme identitaire et la déferlante religieuse. Le premier, s’il prospérait, serait le fossoyeur de notre Vivre Ensemble et le destructeur du creuset républicain. Non, ici, jamais, je ne laisserai s’installer à l’école, à la piscine, à la mairie, des différences en fonction des origines, des opinions, des races, des religions, des générations, des sexes.

 

Laïcité, égalité, fraternité, parité, solidarité, liberté, tout est lié. Si nous lâchions sur un seul de ces enjeux, ce serait demain la disparition de la bienveillance et de la tolérance qui existent entre nous, l’irruption du clientélisme, le triomphe du clanisme, la guerre de tous contre tous. Cela exige, symétriquement, que nul n’invoque l’excuse de ses croyances ou de la couleur de sa peau pour justifier la discrimination d’une femme, un incendie de poubelles, un décrochage scolaire ou un rodéo moto. Blanc, noir, européen, maghrébin, athée ou croyant, nous sommes tous égaux devant la Loi, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. C’est la règle fixée. C’est la règle que je suis.

(Suite lundi 27 janvier 2020)

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