PÂQUES : PAIX ET JOIE !

Publié le par Abbé Alain ARBEZ

PÂQUES : PAIX ET JOIE !

Pour Jésus et ses disciples, la plus grande fête qu’ils célèbrent chaque année, c’est la Pâque, le mémorial de la sortie d’Egypte et la réception des 10 commandements, ce qui correspond à un passage de la mort à la vie pour tout un peuple.

C’est d’ailleurs à l’intérieur de cette commémoration de l’Alliance que Jésus a inscrit le don de sa propre vie au Golgotha, et c’est ce qui fait que cette Pâque du Christ est vraiment au centre de la vie des baptisés. Les textes du Nouveau Testament nous le confirment: toutes les activités apostoliques de l’Eglise naissante, tous les messages, se sont articulés autour de la résurrection de Jésus.

Si nous comparons l’évangile de Jean aux autres évangiles, nous constatons qu’il a sa manière à lui de présenter l’événement, puisque pour lui, Pâques, Ascension, Pentecôte, c’est une même réalité qui a lieu le même jour. Cela nous indique qu’il y a eu chez les premiers chrétiens plusieurs catéchèses du Christ ressuscité qui mettaient l’accent sur des aspects différents tout en annonçant le même message central.

Il semble donc que la présentation selon St Jean s’adresse surtout aux croyants de la 2ème génération. Il y a d’abord eu les disciples contemporains du Jésus historique qui l’ont connu avant et après sa mort, et il y a eu ensuite les nouveaux convertis qui ne le connaîtront que dans la foi, à partir du témoignage reçu des apôtres.

Nous-mêmes, nous faisons partie de cette deuxième catégorie de croyants, tout comme d’ailleurs Shaoul de Tarse devenu Paul après sa conversion au Ressuscité sur le chemin de Damas.

Il existe plusieurs récits différents d’apparition du Christ ressuscité à ses disciples. Ceux-ci avaient été complètement traumatisés par la crucifixion, et voilà que leur ami qu’ils croyaient disparu jusqu’à la fin des temps vient à leur rencontre, et il leur transmet la paix de Dieu, le shalom biblique, qui signifie à la fois l’harmonie de chacun avec Dieu, avec soi-même, avec les autres, et même avec la création tout entière, y compris les animaux.

L’angoisse cède la place à la sérénité, faite de confiance en un Dieu fidèle à son peuple ; et voici que dans le Christ ressuscité, la communauté des croyants s’élargit, lorsqu’ Israël s’ouvre aux païens qui croient en son Dieu. Sans discrimination peuvent venir tous ceux qui voudront bien se greffer sur l’alliance et vivre des commandements.

Si tous peuvent désormais franchir le seuil du salut, encore faut-il faire des choix pour quitter le paganisme et se mettre en cohérence avec la révélation! Les disciples étaient encore dans la peur au moment où Jésus vivant par delà sa mort vient les rencontrer. Cette disparition brutale les avait littéralement assommés. Comment lui, le porte-parole exceptionnel de ce Dieu d’Amour chanté par des prophètes comme Osée avait-il pu être désavoué par une ignominieuse mort en croix? Pourtant Jésus leur avait souvent rappelé l’enseignement hébraïque de la foi en la résurrection des morts. (Le prophète Osée avait lui même désigné précisément le troisième jour comme celui de la résurrection.)

Cette foi en la résurrection des morts était donc la foi de la majorité des juifs depuis environ deux siècles avant l’époque de Jésus, mais on attendait du Dieu de justice et de miséricorde qu’il appelle les morts à la vie au moment de la fin du monde. Ce qui était au fond le plus inattendu pour les disciples, c’est que Dieu ait ressuscité Jésus maintenant, comme une anticipation de la fin des temps.

Pour les premiers témoins, cela signifie que la réalité dernière est déjà là aujourd’hui. La finalité de la vie humaine se manifeste dès à présent dans la personne de Jésus, lui qui est le Fils en qui nous devenons fils et filles de Dieu. Cela doit aussi se manifester en nous si nous lui sommes associés par le baptême. C’est comme si Dieu voulait nous offrir une chance nouvelle de vivre dès à présent dans l’avant-goût de la parousie finale.

Le jugement de Dieu, que tous attendaient pour le grand jour, il n’est plus nécessaire de l’attendre pour la fin des siècles: c’est aujourd’hui qu’il se réalise! Il n’y aura donc pas de surprise majeure puisque, nous le savons, nous serons évalués sur l’amour, et que notre manière de vivre nous juge nous-mêmes dès aujourd’hui.

Cette conviction, elle est insufflée aux disciples par l’Esprit de Jésus ressuscité. L’Esprit va leur donner une motivation et un dynamisme surprenants. Ceux qui s’étaient tout d’abord enfermés à double tour vont se lancer sur les places publiques et aux sorties des synagogues pour proclamer leur foi au Christ vivant par delà sa mort. Ils vont annoncer que le combat de Jésus pour la vie continue, et que chacun peut y prendre part. Jean nous dit de façon symbolique comment cet élan a été impulsé.

Reprenant le geste du Dieu créateur de la Genèse, Jésus ressuscité souffle sur ses disciples, il leur communique l’Esprit d’une nouvelle création. C’est une pentecôte qui se saisit de ceux qui sont rassemblés. Et Jésus leur montre ses mains et son côté: les mains, c’est le pouvoir d’agir, c’est la possibilité de transformer le monde dans l’amour. Quant à son côté, il évoque le passage de la Genèse où Dieu tire Eve du côté d’Adam pendant son sommeil, image de la mort.

On comprend pourquoi Jean insiste sur le côté percé de Jésus en croix, et d’où sort le sang de l’alliance et l’eau du baptême pour la nouvelle communauté de foi.

Si Jean insiste sur la trace des clous dans les mains et le côté, ce n’est pas par esprit morbide. C’est pour réagir envers ceux qui douteraient que Jésus soit réellement mort en croix. Il y a eu tout un courant hérétique qui le pensait au début de l’Eglise, influencé par la pensée grecque, et c’est de là que viendra par la suite la croyance de l’islam qui nie la mort en croix de Jésus, et donc refuse la rédemption qui en découle.

Jean souligne la trace des clous dans les mains et le côté : il affirme cette fois en direction des Grecs (qui ne croient qu’à l’immortalité de l’âme) que le Christ ressuscité et le Jésus historique sont la même personne.  Le Christ ressuscité est bien le rabbi galiléen fils de Marie,  né à Bethléem de Judée (pays des Juifs).

Par conséquent affirmer que Jésus ressuscité est Christ pour l’univers, ce n’est pas oublier le Jésus en chair et en os de l’histoire d’Israël. Ce n’est pas déshumaniser ou déjudaïser son message. C’est au contraire respecter l’incarnation de la Parole de Dieu dans un homme précis appartenant à un peuple précis, mais dont l’événement de fin de vie est un commencement universellement destiné à tous les êtres humains, de toutes ethnies, cultures et appartenances.

C’est bien la cause défendue par cet homme Jésus – et pas une autre  – qui a triomphé dans la résurrection. Le personnage de Thomas représente typiquement les disciples qui sont passés de l’incroyance à la foi. En effet Thomas le sceptique va découvrir que Jésus vivant n’est ni un cadavre réanimé, ni un fantôme évanescent.

Aujourd’hui, ce Christ nous redit à nous aussi comme aux disciples: « paix et joie ! » Dans la Bible, le shalom, la paix et la joie sont la marque des derniers temps. Nous sommes en effet dans ces temps où l’humanité doit s’orienter vers sa finalité, mettre toutes ses forces vives vers son accomplissement dans le respect des vraies valeurs.

A nous aussi, Jésus dit comme à Thomas : avance ta main et mets-là dans mon côté! En d’autres termes: mets en œuvre tout ce que tu peux faire pour être actif et vivre selon mon alliance.

C’est un peu comme si Jésus nous provoquait face aux problèmes du monde : je ne veux pas avoir d’autres mains que les vôtres afin d’agir sur cette terre pour la louange de Dieu. C’est vous qui êtes mes mains, et par votre baptême, c’est vous qui êtes ma présence christique auprès des hommes et des femmes qui cherchent la lumière.

© Abbé Alain-René Arbez,

avec l’aimable autorisation de Dreuz.info.

LE TEMPS DE L’AVENT

L’Abbé Alain-René Arbez, est un prêtre catholique. Educateur spécialisé, curé de paroisses à Genève-centre, relations avec le judaïsme Genève depuis 20 ans, membre de la commission judéo-catholique des Evêques suisses (Lucerne).

 

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