LE FLIC ET LE MATHEUX

Publié le par Gabriel RASPAIL

LE FLIC ET LE MATHEUX

Les mathématiciens sont de braves gens qui m'ont toujours fort esbaudi.

Ils attrapent un poulet dans la basse-cour pour en faire leur ordinaire. Jusqu'ici rien d'extravagant !

Mais voici la suite, beaucoup plus intrigante :

1) comme ce sont de braves gens, ils le tuent sans le faire souffrir inutilement ;

2) comme ils ont de l'hygiène, ils le plument et le vide bien proprement ;

3) une fois le poulet cuit, ils donnent la peau et la chair aux autres, des littéraires sans doute, car peau et chair ne sont que des limites et des mirages qui empêchent de comprendre le sujet ;

4) n'ayant plus que les os devant eux, ils s'extasient devant cette structure enfin révélée et qu'ils ont enfin comprise. Dieu que la chose est belle !

Moi qui ne suit qu'un homme très ordinaire, qui pense que un est un, sinon ça se saurait, que lorsque les oies vont au champs la première va devant, je prends le poulet et je détermine sa race, sa couleur, son sexe, son poids, j'évalue son âge. Après l'avoir tué proprement, je le plume et je le vide, ce faisant j'examine la facilité de plumage et la qualité de sa peau, l'importance de la graisse, je trie les organes internes comestibles, foie et gésier pour moi, cœur pour mon chien, et je le cuis savamment, sel, poivre, ail, agrume, beurre, huile, eau..., le temps requis, puis je le déguste avec mes meilleurs amis et nous cherchons les textures, les parfums et les saveurs qui se dégagent de chaque morceau...

Tout allait pour le mieux quand le mathématicien en chef, sapé comme un paon, cheveux longs pommadés et lissés, lavallière en bataille comme ces dindons des forêts iroquoises leurs caroncules, vient nous trouver et nous dit : « Pauvres imbéciles ! Vous ne connaissez rien à cet animal que moi seul enseignant-chercheur nommé en ma chaire par le Calife suis habile et habilité à étudier. Vous ne connaissez rien, disais-je, de sa structure, ignorants ! Le paysan et le gastronome ont tort et c'est grand dommage de ne pas suivre nos travaux qui seuls pourraient les éclairer... ! »

Jadis Clemenceau disait « … que la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires... » En serait-il de même pour les mathématiques et les sciences en général ?

Voilà ou voit là ce qui arrive quand on donne un monopole à une coterie (1), serait-ce celle des enseignants-chercheurs. Jargon, sclérose, formalisme à outrance... !

Pourquoi et avec quelle candeur s'étonne-t-on que de moins en moins de personnes s'intéressent aux sciences et aux mathématiques.

NB : J'apprends à l'instant que zéro est toujours l'origine et un l'unité, que leur somme est toujours égale à un. Je suis rassuré et vais pouvoir bien dormir cette nuit.

 

(1) Mot ancien, qui signifiait un certain nombre de paysans, unis ensemble pour tenir les terres du seigneur. Compagnie de personnes qui vivent entre elles familièrement, ou cabalent dans un intérêt commun. Esprit de coterie. Littré.

http://data.over-blog-kiwi.com/1/49/24/79/20150611/ob_6522be_gr.JPG Gabriel RASPAIL

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