PRÉSIDENT, LA NUIT VIENT DE TOMBER…

Publié le par Patrice-Henry Davidsen

Jacques Chirac en compagnie d'Isabelle Douchet-Davidsen

Jacques Chirac en compagnie d'Isabelle Douchet-Davidsen

Jacques Chirac, au parcours politique hors norme, s’est éteint ce 26 septembre 2019, à l'âge de 86 ans.

Maire de Paris pendant dix-huit ans,

Ministre sans interruption de 1967 à 1974,

Deux fois Premier ministre, de 1974 à 1976, puis de 1986 à 1988,

Président de la République pendant 12 ans, (un septennat+un quinquennat), il a participé à plus d’un millier de Conseils des ministres et a expérimenté la cohabitation à deux reprises : à Matignon sous François Mitterrand, puis à l’Élysée avec Lionel Jospin.

Corrézien dans l’âme, passionné de culture Nippone, Jacques Chirac était ancré à son terroir, aimant la bonne chère.

Surnommé « mon bulldozer » par Georges Pompidou, celui-ci l’envoi en 1967, mener son premier combat législatif en Corrèze, son berceau familial, où il est élu à 34 ans député dans un fief de gauche.

Georges Pompidou le nomme Secrétaire d’État à l’emploi (c’est le plus jeune membre du gouvernement) où il œuvre notamment pour l’unification des services à l’emploi en procédant à la création de l'Agence nationale pour l'emploi afin d’éviter aux chômeurs de frapper à de multiples portes. Lors de sa promotion, Georges Pompidou lui souffle : « Ne vous prenez pas pour un ministre… ». Ayant bien entendu le conseil, en mai 1968, Jacques Chirac fait partie des négociateurs des accords de Grenelle en compagnie d’Edouard Balladur.

Opposé violemment contre le projet de « Nouvelle société » préconisé par Jacques Chaban-Delmas lors de son discours d’investiture en 1969 et qui devait répondre à la crise de Mai 68 par un progressisme contractuel qui laisse une large place au dialogue social, à une certaine liberté d'expression et à une ouverture politique, notamment en direction des chrétiens syndicalistes comme Jacques Delors. Jacques Chirac fait partie du noyau dur du Mouvement Gaulliste qui adresse un ultimatum à Georges Pompidou pour obtenir la démission de Chaban. Ce dernier obtient la question de confiance à l’Assemblée Nationale… mais se voit « démissionné » dans la foulée par Pompidou.

A la suite du décès de Georges Pompidou le 2 avril 1974, Jacques Chirac s’oppose à la candidature de Jacques Chaban-Delmas en publiant l'appel des 43 (manifeste signé par 39 parlementaires et 4 ministres, majoritairement issus de l’UDR), afin de soutenir Valéry Giscard d’Estaing face à François Mitterrand. Giscard le récompensera en le nommant Premier ministre.

C’est sous le gouvernement de Jacques Chirac que la loi du 17 janvier 1975 dite ‘‘loi Simone Veil’’ relative à l'interruption volontaire de grossesse, est promulguée. Un premier texte dépénalisant l'avortement avait été déposé sous la législature de Georges Pompidou.

Mais les relations se gâtent au fil des mois et le 25 août 1976, Jacques Chirac claque la porte avec éclat.

En décembre de la même année, Jacques Chirac procède au baptême du RPR afin d’en faire une redoutable machine de guerre électorale. A cette occasion, Jean de Broglie, membre influent de la mouvance Giscardienne ‘‘les Républicains indépendants et paysans’’ était présent sur l’estrade aux côtés de Jacques Chirac… avant d’être assassiné quelques jours plus tard…

Première victoire l’année suivante : il conquiert la mairie de Paris, au nez et à la barbe du giscardien Michel d’Ornano.

Auteur en 1978, de l’anti-européen « appel de Cochin », (qui lui avait été soufflé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud) il déroge en soutenant le traité de Maastricht en 1992, alors que les Gaullistes du RPR faisaient campagne pour le Non.

En 1981, lors du 2ème tour, il récidivera cette fois contre Giscard, le spécialiste des contrôles fiscaux, en déclarant que chacun doit « voter selon sa conscience » : ce qui permettra l’élection de François Mitterrand…

Battu par Mitterrand à la présidentielle de 1988, il conduit son parti à la victoire aux législatives de 1993 et fait nommer Balladur à Matignon.

Au terme d’une lutte fratricide avec Edouard Balladur, son ancien « ami de trente ans », Chirac se fait élire en 1995 en promettant de réduire « la fracture sociale ». Promesse non tenue… Ce qui l’incita à déclarer : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent…»

Sept ans après, en 2002, à la suite de l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour, Jacques Chirac est réélu face à Jean-Marie Le Pen… et nomme Premier ministre le centriste Jean-Pierre Raffarin.

Dès sa réélection, Jacques Chirac crée l’UMP, rassemblant les gaullistes et le centre…

Au cours de ce second mandat, face à George W. Bush, Jacques Chirac prend la tête des opposants à la guerre américaine en Irak, déclarant à l’ONU : « Quelles que soient les circonstances, la France votera 'non', parce qu'elle considère qu'il n'y a pas lieu de faire une guerre pour atteindre l'objectif que nous nous sommes fixés, c'est-à-dire le désarmement de l'Irak ! »

En 2003, Jacques Chirac lance le "Plan Cancer".

Le 29 mai 2005, Il ne comprend pas l’échec du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen… et se consacre à ce qu’il pense : veiller à l’unité du peuple français, renforcer les liens avec les pays d’Afrique francophone, inciter le dialogue des cultures… Il procède à la création du Musée des Arts premiers, sur le quai Branly, l’un des plus visités de la capitale et qui porte son nom depuis 2016.

En septembre 2005, il est victime d’un AVC qui l’amenuise au  fur et à mesure des mois qui suivent.

Après avoir quitté l’Élysée, Jacques Chirac se retire de la politique et assiste aux séances du Conseil constitutionnel jusqu’en 2011.

En 2008, il crée la ‘‘Fondation Chirac’’, qui délivre tous les ans un prix pour la prévention des conflits.

En 2011, il est victime de cette nouvelle race de juges politisés et reconnu coupable de détournements de fonds et d’abus de confiance dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris à une époque où il n’existait pas de règle de financement des partis politiques…

Condamné à deux ans de prison avec sursis, contre l’avis du parquet, Jacques Chirac choisit de ne pas faire appel : « Les Français savent qui je suis : un homme honnête qui n’a jamais eu d’autres exigences et d’autres combats que la cohésion entre tous les Français, la grandeur de la France et l’action pour la paix. »

Intrinsèquement humain, agreste, épris de simplicité, de spiritualité, de liberté et d’une très haute culture, il portera toute sa vie le deuil de sa fille aînée en ayant une compassion profonde envers les enfants handicapés. Ce qui l’incita à créer la Fondation Jacques Chirac à l’intention de toute personne handicapée mentale, physique ou atteinte de polyhandicaps graves. Quels que soient son âge et ses origines. De même, il activa avec une grande énergie, la lutte contre le cancer.

« Président, la nuit vient de tomber ! ». « J'espère qu'elle ne s'est pas fait mal », répond, avec malice, Jacques Chirac à Daniel Le Conte, son dernier compagnon de route...

Le 5 octobre prochain sortira le livre « Président, la nuit vient de tomber », issu des entretiens entre l'ami Daniel Le Conte, mort cet été et dernier confident de Jacques Chirac, et le journaliste Arnaud Ardoin.

Président, la nuit vient de tomber sur le Peuple de France…

Patrice-Henry Davidsen

PRÉSIDENT, LA NUIT VIENT DE TOMBER…

Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

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