UN QUÉBEC LAÏC FACE A UN CANADA CONFESSIONNEL ?

Publié le par Alain FINIE

UN QUÉBEC LAÏC FACE A UN CANADA CONFESSIONNEL ?

Le procès pour faire invalider la « Loi 21 sur la Laïcité de l’État Québécois » adoptée le 16 juin 2019 par l’Assemblée Nationale du Québec s’est ouvert lundi 2 novembre au Palais de Justice de Montréal comme cela était prévisible, et tire à sa fin.

Cette loi 21, approuvée par plus de 72% des Québécois selon un sondage Léger d’avril 2019, vise à interdire le port de signe religieux dans certains postes de la fonction publique sensibles comme dans l’enseignement primaire et secondaire. Elle est entrée en vigueur le jour de son adoption.

Les 28% qui y sont opposés sont essentiellement anglophones ou allophones, peu de francophones. Clivage révélateur. Pourtant, la minorité anglophone du Québec est de loin la mieux traitée de toutes les minorités de la planète, mais elle se comporte avec les Québécois comme « s’ils occupaient illégalement leur Canada ». Comme si on était en voie d’extinction programmée. Et sur ce point, ils n’ont pas tout à fait tort.

La loi 21 a été construite pour être inattaquable devant les tribunaux canadiens et elle le restera dans la mesure où ces tribunaux respecteront le droit et l’esprit des lois canadiennes et québécoises sur ce sujet.

Mais, dès son adoption, le Canada anglais (le ROC) s’est levée comme un seul homme « contre sa minorité francophone du Québec », co-fondatrice de « leur Canada Coast to coast », pour défendre des minorités allophones communautaristes du Québec : les Conseils municipaux des villes de Calgary en Alberta et de Toronto en Ontario par exemple, sont allés jusqu’à voter chacun une motion à l’automne 2019 condamnant la loi québécoise qualifiée de raciste encore une fois, pour l’occasion. Cette ingérence dans les décisions de la Nation québécoise est bien caractéristique des relations hypocrites qu’entretient le ROC avec le Québec quand celui-ci penche vers l’indépendance référendaire ou quand il s’affirme comme peuple distinct.

Or, les Québécois peuvent se vanter sans complexe d’être parmi les peuples les plus accueillants de la planète. C’est un fait connu et reconnu par une grande majorité d’immigrants, comblée par l’accueil qu’ils reçoivent et qui en sont généralement reconnaissants. Pour d’autres, cet accueil de dhimmis les conforte dans leur prétention à être la plus noble des communautés et à ne pas s‘intégrer pour continuer à en profiter jusqu’à satiété. Comment pourrait-on deviner que de la gentillesse puisse être interprétée comme de la soumission ? C’est très sournois.

D’autant plus qu’au contact des anglophones, les Québécois ont développé d’avance une attitude de dhimmis dans une sorte d’obséquiosité à leur égard, question de n’avoir l’air ni racistes, ni impolis, ni ignares.

Un sociologue américain, dont le nom m’échappe, a dit un jour que les Québécois étaient comme des insulaires polynésiens à l’arrivée d’étrangers venus d’horizons inconnus, remplaçant le collier de fleurs traditionnel par « leur ceinture fléchée ». C’est un peu une image d’Épinal, mais ça fait toujours plaisir à entendre.

Effectivement dans cet océan nord-américain anglophone, les Québécois y sont des insulaires qui aiment « la visite » ; cette visite qui les aime assez pour se mêler à eux et réveillonner les soirs d’hiver, prédisposée à partager du bonheur. Mais un peu moins « la visite » qui veut faire bande à part, peu importe son origine.

Cela donnerait l’impression à n’importe quel peuple accueillant de ne pas être assez bien pour eux ou de ne pas en avoir fait assez. Or, sur ce dernier point, on en fait peut-être un peu trop en bafouant notre propre culture, nos origines et notre langue au bénéfice d’une anglicisation galopante dans un environnement multiculturel toxique et en favorisant in fine la prolifération de ghettos culturels, ces territoires perdus de la raison.

C’est instinctif quand on a une expérience séculaire dans l’accueil des immigrants comme les Québécois. Il suffit de savoir qu’au 19e siècle, le port de Québec était aussi important que celui de New-York dans l’accueil de colons européens. C’était les USA sauvages des cowboys ou le Canada policé de sa très gracieuse majesté britannique. Eh oui, les Québécois ont accueilli pendant cette période presque tous les futurs canadiens de l’est du Canada !

Ces colons avaient tous une particularité commune : ils fuyaient une situation désespérante, dans l’espoir de participer à un monde meilleur, et non pour reproduire celui qu’ils fuyaient. Et tous ont beaucoup apporté à la Nation québécoise, car ils arrivaient anxieux d’être acceptés, généreux de leurs savoirs, de leurs compétences, de leur contribution. Ils avaient envie de faire parti de notre « gagn’ ». Les Irlandais, entre autres, ont beaucoup apporté à la musique québécoise et nous fêtons avec eux la St-Patrick autant qu‘ils fêtent la St-Jean Baptiste avec nous. Il suffisait simplement d’accorder nos violons…

Ils espéraient se fondre dans la masse, pas usurper la place. Ceux qui ont essayé sont maintenant au Canada anglais et sont racistes envers nous, en dehors des périodes référendaires sur l’Indépendance où nous devenons des passages obligés chéris et « inestimables » à leur utopie canadienne.

Alors, c’est être bien mal avisés que d’attaquer les Québécois sur leur ouverture aux autres alors qu’on est soi-même fermées comme des huîtres, et que nos desseins invasifs apparaissent en filigrane fluorescente de nos exigences, récriminations et calomnies. On sait très bien que ces signes religieux ostentatoires ne sont nullement indispensables à la pratique raisonnable d’un culte et qu’ils constituent une agression en règle de nos institutions démocratiques en réponse à notre accueil irréprochable.

Mais pour certains, ce n’est que le début d’une grande victoire : après avoir évincé le Christ en personne de l’appareil d’État, il s’agit maintenant d’y imposer Allah, et ça, ça ne passe pas auprès des Québécois, déterminés à traiter tout le monde sur un pied d’égalité non confessionnel.

Ichrak Nourel Hak, Messaouda Dridj (enseignantes musulmanes voilées) et Amrit Kaur (enseignante sikhe enturbannée), appuyées notamment par le Conseil national des musulmans canadiens et l’Association canadienne des libertés civiles, elle-même cornaquée par le gouvernement Trudeau (qui prétend ne pas s’en mêler) sont les plaignantes. Pas de surprise.

Leurs deux principaux arguments ? La liberté de culte et le libre accès aux postes de la fonction publique. Deux arguments constitutionnels qui sont loin de se soutenir mutuellement. Dans la mesure où un soi-disant culte « peut » rompe la séparation entre le religieux et l’étatique, il y a conflit constitutionnel.

La liberté de culte, ou l’art d’INVERSER la lettre et l’esprit de la loi ?

La lettre de la loi sur la liberté de culte a été mis en place dans la Constitution canadienne au 19e siècle par des législateurs soucieux de ne pas prêter à interprétation en tentant d’en définir au mieux la portée et les limites dans un contexte d’honnêteté intellectuelle. Pétris de christianisme, ils avaient tout prévu, sauf que leur loi défensive des droits humains pouvait être utilisée comme arme offensive par des cultes hégémoniques agressifs. Quelle idée ! Une religion agressive ? Ce ne serait pas une religion !

L’esprit de la loi sur la liberté de culte vise essentiellement à éviter les guerres de religions, non à les provoquer. Elle ne peut nullement cautionner l’atteinte à d’autres lois constitutionnelles prioritaires : si la pratique d’un culte exigeait des sacrifices humains, la débauche de mineurs ou le meurtre des renégats, elle serait en contravention du code pénal et serait interdite. Tiens donc !

La loi sur la liberté de culte doit être redéfinie d’urgence dans la Constitution canadienne pour couper court aux tentatives étrangères de faire main-basse à moyen terme sur le Canada. Mais Trudeau-père l’a figée sur place en 1982, et le fils ne veut pas en entendre parler et encore moins y toucher. Alors, on se retrouve dans une situation extrêmement conflictuelle où des lois constitutionnelles contreviendraient à d’autres lois constitutionnelles ! Ici, la liberté de culte serait en conflit avec des obligations citoyennes requises par la loi.

Ainsi, le peuple accueillant, qui supprime les crucifix « statiques » de ses écoles publiques, jusqu’à celui de l’Assemblée Nationale, pour s’imposer à lui-même une laïcité conviviale envers les arrivants devrait maintenant accepter l’intrusion d’autres signes religieux, « animés » ceux-ci, au nom de la liberté de culte ? Il faut vraiment être musulmans pour être aussi ouvertement malhonnêtes ! La malhonnêteté intellectuelle est le fruit empoisonné de la Mauvaise Foi.

La Constitution canadienne est directement en cause, comme le souligne l’un des avocats de la partie civile qui accuse le gouvernement québécois d’altérer unilatéralement la dite Constitution : « Sinon, le prochain gouvernement du Québec pourrait, par simple loi, sans amender la Constitution, décider que tous les enseignants doivent être des sikhs, exclure les femmes de la fonction publique, ou encore, forcer tous les fonctionnaires à faire une prière au Dieu chrétien chaque matin ».

Et aussi triste que cela puisse paraître, il faut admettre, à la lumière de ce qui précède, que cela est potentiellement possible si un groupe religieux prenait le pouvoir et faisait valoir la liberté de culte canadienne pour lui seul, au Québec ! C’est pourtant la situation qui se dessine avec arrogance dans notre paysage bucolique. Il serait alors pertinent de faire valoir… quoi ? La constitution canadienne, actuellement entre les mains de l’Agha Khan, grand ami interlope des Trudeau aux ordres ?

Dans l’immédiat, le risque est infiniment plus grand d’entendre une enseignante voilée professer qu’« Allah est le plus grand » travestie en mère Teresa canonisée, que de voir un professeur exhiber des caricatures de Mahomet. Sinon, quel intérêt de porter le voile en classe alors que ce n’est « nullement obligatoire » dans l‘islam et proscrit par la loi ? Ne serait-ce que par respect pour les enfants et la mission de former leurs jeunes esprits à l’objectivité. En tout état de cause, il semblerait qu’il s’agisse plutôt d’imposer aux enfants une image lissée de certains cultes envahissants. Inacceptable. Insultant !

La fonction publique libre d’accès aux citoyens canadiens.

Plaider que la Loi 21 empêcherait l’accès de certains dévots à la fonction publique est un syllogisme digne de Rantanplan quand on remet l’église au milieu du village avec une question toute simple : sont-ce les lois ou les cultes qui font obstacles ? Et ensuite, lequel doit avoir primauté sur l’autre ?

Tel motocycliste sikh veut une dérogation sur le port du casque obligatoire parce son turban n’entre pas dedans ! Un autre exige que son fils de 11 ans puisse se présenter en classe avec son couteau « religieux ! ». Là, une petite fille désormais menstruée doit le signaler avec son voile… alors que le port du casque de sécurité est obligatoire sur les chantiers de construction, que la ceinture de sécurité est obligatoire en voiture, idem pour l’arrêt aux feux rouges et les chaussures à l’entrée des mosquée !

Si les législateurs avaient pu prévoir cela, ils y auraient mis bon ordre en précisant d’emblée que la liberté de culte est soumise aux autres lois du pays et que ce n’est surtout pas au religieux de dicter ses desideratas au politique. En attendant, on prête le flanc.

Le Canada, ne doit pas devenir une mosaïque de fakirs cloués sur leur planche, de Derviches tourneurs en extase ou de femmes voilées d’Orient qui y auraient immigrés. Il doit rester un monde libre de s’afficher dans sa diversité ethnique sans représentations religieuses. N’est-ce pas plus « universel ? » La liberté de culte c’est aussi de n’avoir aucun culte.

Argument paranoïaque ou pleurnicheries coutumières ?

Donc, selon le maire de Calgary, Naheed Nenshi : « La loi ne met pas toutes les religions sur un pied d’égalité. Elle a clairement été écrite pour cibler certaines personnes, telles que les femmes musulmanes qui portent un voile, les sikhs qui portent un turban et les hommes juifs qui arborent une kippa ! ».

C’est d’abord prêter des intentions bien mesquines aux Québécois qui n’en savent résolument pas assez sur l’islam ou sur les sikh pour les cibler distinctement. Quand à la kippa, elle ne constitue aucune obligation dogmatique entendue et je n‘ai jamais entendu dire qu‘elle aurait posé ce genre de problème incisif ; mais elle est bien utile pour faire des amalgames impertinents avec le voile islamique. Pourquoi cette loi affecte-t-elle particulièrement l‘islam ? Parce que les autres cultes respectent le pays d’accueil, ses lois et sa population. Point.

De son côté, la conseillère municipale de Toronto, Kristyn Wong-Tam, estime que la loi 21 a « un effet négatif sur la cohésion sociale et l’inclusion au Canada » ; en d‘autres mots, la cohésion sociale canadienne s’achèterait au prix de l’auto-exclusion prônée par ces cultes, et l’inclusion se paierait au prix des incohérences sociales de ces cultes ! Déjà la cohésion sociale s’effrite quand la cohérence intellectuelle se désagrège à ce point dès le départ.

Les mêmes qui hurlent au scandale pour une Crèche de Noël devant la mairie, ou d’un Sapin sur la place publique, qui exigent que des Évêques cachent leur croix pour visiter al-Aqsa, voudraient enseigner à nos enfants Ô combien influençables, la citoyenneté canadienne déguisés en drapeau de conquête ! Dans nos écoles ?

(https://www.dreuz.info/2020/07/04/une-ex-musulmane-sextasie-apres-sa-liberation-de-lislam/)

Ce qui ébranle vraiment la Constitution canadienne, c’est le multiculturalisme des Trudeau père et fils qui permet à des groupes ethniques de se constituer en sociétés distinctes sur notre territoire, de créer des ghettos, de donner des noms de terroristes à des rues et des places publiques, de faire du lobbying et d’imposer non pas des droits constitutionnels, mais des coups de canif mortels à nos démocraties laïques sous prétextes d’une liberté de culte inversée, galvaudée à « l’extrême ».

Pour éviter soi-disant les confrontations entre nations, on mélange des diversités distinctes « sans aucun tronc commun » et on crée ainsi des situations de tensions permanentes ou de guerre civile. Est-ce mieux ?

Faudra-t-il faire de la Laïcité un « Culte francophone québécois minoritaire » reconnu par l’ONU pour qu’elle soit respectée par le ROC ?

Avec une approche aussi tartuffe, le Canada ne tiendra pas dix ans. Mais nous, nous aurons encore notre Québec… laïc et identitaire. Comme un vrai pays.

Les plaidoiries se terminent ces jours-ci et la décision du Juge Blanchard sera peut-être connue avant la fin de l’année. Il y aura de toute façon Appel de l’une des deux parties et cela se terminera inévitablement devant le plus haut tribunal canadien, dans les mois à venir. Encore une confrontation entre le Québec et le Canada : deux solitudes unies contre nature l’une contre l’autre.

Alain Finie

Références des 3 citations :

https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2020-11-30/proces-sur-la-loi-sur-la-laicite/une-loi-qui-altere-l-architecture-de-la-constitution.php

https://www.rcinet.ca/fr/2019/10/31/la-loi-21-du-quebec-sur-la-laicite-de-letat-cree-encore-des-remous-au-canada/

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Publié dans DREUZ INFO

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