LA CONFIANCE ET LA FOI…

Publié le par Abbé Alain-René ARBEZ

LA CONFIANCE ET LA FOI…

Nous connaissons tous le dicton populaire : « je suis comme St Thomas, je ne crois que ce que je vois… ! » Quand à savoir si c’est vraiment le sens de cet évangile, rien n’est moins sûr !

Nous sommes peut-être surpris de constater que Thomas montre des réactions de doute. Certes, il n’est pas dans la salle lorsque le Ressuscité vient à la rencontre des apôtres. Mais on se dit qu’il pourrait faire confiance à la conviction des autres apôtres…

Aujourd’hui nous sommes environnés d’une mentalité moderne qui exige des preuves pour tout. On a tendance à vouloir systématiquement contrôler ce qui est de l’ordre de la confiance habituellement accordée aux personnes. On instrumentalise facilement. Ainsi, à notre époque les médias fonctionnent en mettant en avant le doute et la suspicion, et la religion n’y échappe pas, comme tout ce qui représente une autorité.

D’une manière générale, on dirait que dans les mentalités la démarche de foi s’est inversée par rapport au passé : en effet, autrefois, l’homme ressentait personnellement les conséquences du péché et il cherchait comment se justifier aux yeux de Dieu. Aujourd’hui, c’est à Dieu qu’on demande de se justifier, parce qu’il y a trop de problèmes dans sa création, et lui en serait le seul responsable ! Ce qui voudrait dire que le Christ n’aurait pas souffert pour effacer le poids du péché des hommes, mais pour effacer les manquements de Dieu envers nous ! C’est la tendance de notre temps où les clichés à courte vue se sont emparés des questions métaphysiques les plus partagées, et où se diluent dans le relativisme les questions existentielles qui se posent à chacun…

Dans l’évangile de Jean, même si Thomas est quelqu’un qui doute, on constate cependant qu’il a beaucoup d’attachement envers la personne de Jésus, et au fond de lui, il désire que ce témoignage du Christ, vraiment exceptionnel, n’ait pas été réduit à néant par la mort en croix. Or les réactions et les interrogations de Thomas nous donnent l’occasion de discerner qu’il existe en réalité deux sortes de doutes : d’une part un doute destructeur, préjugé de méfiance et d’approche négative, et, d’autre part, dans une autre logique, un doute positif qui correspond au désir d’approfondir et de vérifier la validité de ses convictions. Et ce doute-là a le mérite d’éclairer la foi et de la conforter. C’est précisément ce qui se passe avec Thomas, puisqu’il aboutit en fin de récit à une confession de foi intense.

En même temps, on découvre l’objectif principal de cet évangile qui est une catéchèse : il s’agit de faire le lien entre la première génération de disciples, (qui ont connu le Jésus historique) et la deuxième génération, ceux pour lesquels la foi au Christ ressuscité ne s’appuie que sur l’affirmation des premiers témoins. (Et nous en faisons partie).

Il y a d’ailleurs une grande cohérence dans les différents récits d’apparition du ressuscité : on retrouve un schéma identique dans les quatre évangiles : des femmes se rendent au tombeau de Jésus et là, elles découvrent la pierre roulée, la tombe est vide. Avertis par elles, les apôtres viennent constater que, de toute évidence, Jésus ne fait plus partie du séjour des morts. Et c’est ensuite que lui, le Vivant, vient personnellement à la rencontre de ses amis pour manifester sa présence sous la forme nouvelle d’un corps glorieux qui ne dépend plus des lois de l’espace et du temps.

Le récit d’aujourd’hui permet surtout à St Jean d’introduire sa conclusion, destinée aux générations futures, à ceux qui n’ont jamais côtoyé le Jésus historique : heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Notre culture moderne est très marquée par un rationalisme réducteur. Or, dans le domaine spirituel et surnaturel, comme d’ailleurs dans le domaine des relations humaines : en amitié, en amour, plutôt que de se focaliser formellement sur des preuves matérielles, il est préférable de savoir interpréter les signes, afin de laisser de l’espace à la confiance.

Cet évangile a le mérite de nous faire passer par les étapes des réactions successives des premiers disciples, traumatisés après la mort brutale de Jésus, et nous voyons comment le ressuscité vient à leur rencontre, là où ils se sont repliés dans la peur, toutes portes verrouillées. Et Jésus, vivant par-delà sa mort, leur apporte la paix, (« la paix soit avec vous ! »), il les délivre aussitôt de leur abattement et de leur enfermement. Pâques et Pentecôte s’entremêlent ici, puisque Jean nous montre un Jésus ressuscité qui envoie son souffle sur les disciples, et leur confie une mission : celle de libérer les hommes du poids de leurs péchés. « Ceux à qui vous les remettrez, ils leur seront remis ! ».

Quand Jésus leur montre ses mains et son côté: il donne à voir aux disciples les traces des souffrances qu’il a traversées par amour pour eux. Celui qui règne désormais auprès de Dieu dans les cieux est le même qui a mené son combat sur terre pour la vérité. Par conséquent, on ne doit jamais perdre de vue qui était le Jésus terrestre, lui qui était porteur de la tradition des sages et des prophètes d’Israël. Si on imagine comme dans les évangiles apocryphes un héros purement céleste en effaçant ou minimisant son humanité et surtout son appartenance au peuple choisi, ce serait trahir Jésus dans ce qu’il a été réellement. Ce serait transformer le christianisme en une religion parmi d’autres, et faire du message du salut une coquille vide.

Dans le récit de St Jean, Thomas est le prototype du disciple passé de l’incroyance à la croyance. Car le Jésus ressuscité qui s’adresse à lui n’est pas un fantôme, ni une projection de l’esprit humain. Thomas le reconnaît finalement en s’écriant: « mon Seigneur et mon Dieu ! » Remarquons au passage que Thomas n’a finalement pas eu besoin de poser ses mains sur les plaies de Jésus, sa parole lui a suffi ! Ainsi, l’homme qui a le plus douté du Ressuscité est – paradoxalement – celui qui en fin de compte  exprime la confession de foi la plus radicale…

Aujourd’hui, la même salutation nous est donnée par le Christ, comme aux disciples: « Paix et Joie ! ». Le shalom biblique ouvre un cheminement d’espérance et de joie intérieure. A nous aussi, Jésus dit : « avancez votre main et mettez-là dans mon côté ! = soyez en relation directe avec ma passion et ma mort pour partager ma résurrection »… et c’est dans cette mémoire vivante vécue jour après jour que nous grandirons !

Jésus envoie son souffle sur ses disciples… Comme le Créateur insufflait son haleine de vie dans le premier homme déjà constitué à son image. C’est le départ de l’homme renouvelé par le sacrifice de Jésus. Pour changer la face du monde sous l’impulsion de l’Esprit saint, pour l’humaniser, nous voici envoyés, nous aussi.  Nos sociétés doivent continuer d’entendre ce message occulté par les tumultes des événements. En tant que baptisés, nous avons à cœur de nous faire l’écho de cette annonce pascale porteuse d’espérance.

QUAND LES FEUILLES D’AUTOMNE S’ENVOLENT© Abbé Alain-René ARBEZ, 

avec l’aimable autorisation de Dreuz.info

Prêtre catholique, commission judéo-catholique de la  conférence des évêques Suisses et de la Fédération Suisse    des communautés Israélites.
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