EUROPE1 ET FRANCE INTER : LE BAL DES PLEUREUSES... (2/2)

Publié le par Observatoire Du Journalisme

EUROPE1 ET FRANCE INTER : LE BAL DES PLEUREUSES... (2/2)

Les journalistes des médias de grand chemin n’en reviennent pas : la liberté d’expression qu’ils prétendent défendre à corps et à cri, quotidiennement, s’invite dans leurs studios. Mais c’est une liberté qui ne pense pas comme eux. Que croyez-vous qu’il advint ? La liberté d’expression, ils n’en veulent pas finalement.

Sur France Inter, on ne veut pas plus de pluralisme non plus !

Le refus du pluralisme dans les médias (au nom de la lutte pour le pluralisme) ne touche pas seulement la rédaction d’Europe1. Il en va de même sur France Inter.

Dimanche 4 juillet 2021, la directrice de France Inter annonçait l’arrivée sur les antennes de la radio de Natacha  Polony, directrice de la rédaction de Marianne, Cécile Duflot, ancienne député et Ministre Europe-Écologie-Les Verts, Alexandre Devecchio, rédacteur en chef adjoint du Figaro, et Étienne Gernelle, directeur du Point…

Pas de quoi casser quatre pattes à un canard : ils viennent d’organes de presse inscrits dans le jeu démocratique, même s’ils sont pour Polony et Devecchio, de diverses manières, critiques de l’idéologie libérale libertaire au pouvoir. Et certains ont déjà officié régulièrement sur les antennes de Radio France, à l’image d’Alexandre Devecchio dans l’émission « Les Informés » de Franceinfo.

La Société des journalistes et son nombril

La réaction de la Société des journalistes de la station (ou de ceux qui rédigent les communiqués) donne une idée de la conception en vigueur de la liberté d’expression et du pluralisme politique : « En tant que journalistes, à l’approche des échéances de 2022, nous considérons qu’offrir aux auditeurs « une boîte à outils pour leur permettre de se forger une opinion » [ce sont les propos de la directrice de France Inter] devrait passer par de la pédagogie, du reportage (…) et non par un panel d’opinions dans lesquelles il faudrait ensuite piocher, en choisissant le plus convaincant plutôt que le mieux informé ».

Les journalistes en place sur France Inter ne veulent surtout pas d’un panel d’opinion. Ils le disent clairement, ils ne veulent qu’une seule opinion. Pourquoi ne pas continuer, en effet, à multiplier, comme il est d’usage sur France Inter, les reportages et outils d’information allant tous politiquement dans le même sens ?

Discutant avec Nadine Morano, il y a peu, sur Cnews, cette dernière se plaignant de n’être jamais invitée sur France Inter, Pascal Praud réagissait ainsi : « France Inter, c’est de la propagande ». Qui l’ignore ?  

Reste que, épidermique, la réaction de la Société des journalistes de la station est d’autant plus tombée à plat que le rendez-vous quotidien et matinal auquel participeront les quatre nouveaux venus durera… 2 minutes 30 et s’intitulera « En toute subjectivité ». Et ce sera sous le contrôle avisé de Nicolas Demorand. Peu de choses ? Il suffit de cela pour que les tenants des médias de grand chemin voient venir un risque au moins mondial.

Qu’en pense Laurence Bloch, directrice de France Inter ? « France Inter doit être un territoire commun où l’on peut s’écouter, échanger et s’entendre… ».

C’est loin d’être gagné.

EUROPE1 ET FRANCE INTER : LE BAL DES PLEUREUSES... (2/2)

Quand France Inter sert la soupe idéologique au rappeur Youssoupha

Lundi 7 juin 2021, Augustin Trapenard, sponsor de l’association des journalistes LGBTQ+ etc, recevait, pour un numéro de Boomerang, le rappeur Youssoupha. C’était sur France Inter durant 32 minutes.

L’accroche

« En une quinzaine d’années, il a su s’imposer, à coups de punchlines bien senties, comme une figure tutélaire du rap français. Il y a deux semaines, sa chanson « Ecris mon nom en bleu » accompagnant l’annonce des 26 joueurs sélectionnés pour l’Euro 2021, a déclenché une polémique. Youssoupha est dans Boomerang. »

Les propos

Le cœur de l’émission c’est la chanson « Écris mon nom en bleu » de Youssoupha, chanson retenue pour accompagner le dévoilement de la liste des joueurs retenus par Didier Deschamps pour jouer le championnat d’Europe (perdu contre la Suisse) des Nations de football. La chanson en elle-même ne pose pas de problème. Ce qui a pu gêner, c’est de choisir Youssoupha.

Pourquoi ?
  • Pour Youssoupha, l’annonce est « devenue une grand-messe, plus importante qu’une allocution de président de la République au 20 heures ». La chanson lui a été demandée.
  • La chanson prend une ampleur phénoménale. Trapenard précise : « En plus, vous êtes loin, vous êtes à Abidjan où vous vivez ». Le journaliste, qui a passé les cinq premières minutes de l’émission à défendre les sources et les informations fiables, ne relève pas ce fait inouï : le chanteur retenu pour écrire la chanson qui va accompagner les bleus préfère vivre en Afrique.

Ce que l’on reproche au « rappeur, militant » Youssoupha ? Des propos tenus longtemps auparavant et qui auraient dû empêcher, outre le fait qu’il se sente surtout Ivoirien, que l’on fasse appel à lui pour ce type de chanson. Accrochez-vous.

  • « J’mélange mes fantasmes et mes peines comme dans ce rêve où ma semence de nègre fout en cloque cette chienne de Marine Le Pen » (sic).
  • À propos de Zemmour : il chante vouloir mettre « un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour » (sic bis).
La polémique détournée de son sens

Pour Youssoupha et Trapenard, la polémique ne vient pas des propos tenus par le rappeur dans ses chansons mais de sa couleur de peau. Augustin Trapenard insiste et conduit Youssoupha sur ce terrain-là : il n’y aurait pas de problème s’il était « blanc et s’appelait Michel ». Trapenard  pourrait poser la question autrement : pourquoi Michel, un blanc, n’écrit-il justement pas ces propos, des propos dont on peut se demander quel lien ils ont avec l’art, mais dont on voit bien l’aspect ordurier, criminel et politique.

Bien sûr, les propos de Youssoupha sur Zemmour ont été déboutés en justice et ceux sur Marine Le Pen sont à ce point bêtes que gâcher un procès pour cela peut sembler inutile. Youssoupha n’est pas condamné en justice. Il n’empêche, la question se pose  et devrait être posée par le journaliste : ce type de  rappeur est-il  vraiment la personne idoine pour représenter la France, l’une de ces personnalités qui, d’après le gouvernement, sont censées servir d’exemples (sic ter) pour la jeunesse et pour  les sportifs ? Poser la question…

Comme le disait Montherlant :

« Les hommes sensés de Lacédémone montraient à leurs enfants un ilote ivre, pour leur faire voir ce qu’ils ne devaient pas être.

Ensuite un temps vint où les hommes sensés (ou tenus pour tels), montrèrent à leurs enfants un ilote ivre, pour leur faire voir ce qu’ils devaient être.

Enfin l’ilote ivre, devenu modèle idéal, montra à ses enfants l’homme sensé, pour leur faire voir ce qu’ils ne devaient pas être ».

Henry de Montherlant, La Marée du soir, Carnets 1968–1971, Paris, Gallimard

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