LA ‘‘PAROLE’’ DES POLITIQUES

Publié le par Olivier CABANEL

Le dessin illustrant l’article est de Sanaga

Le dessin illustrant l’article est de Sanaga

De nombreux politologues s’interrogent sur le désamour profond qu’ont les citoyens pour leurs élus…et ils ont de moins en moins confiance en eux, provoquant un désintérêt de plus en plus grand lors des rendez-vous électoraux, désertant massivement les urnes… Pourquoi ?

Il est probable que le manque de parole de la plupart de nos politiques n’y est pas pour rien, les électeurs constatant, jour après jour, que leurs élus changent d’avis plus vite que les girouettes.

Le retour de Valls illustre parfaitement cette situation, ainsi que je l’avais évoqué dans cet article.

Dans le numéro 2536 du Point, la rédaction faisait le même constat, pointant les déclarations contradictoires des candidats à la présidentielle 2022. lien

Les voici, par ordre alphabétique…

Ainsi Michel Barnier, qui se sentait pleinement européen, alors qu’on l’interrogeait sur une éventuelle candidature présidentielle, se sent aujourd’hui tout à fait français, et postule pour la présidentielle. lien

Idem pour Xavier Bertrand, qui en janvier 2018, déclarait : « je suis engagé dans ma région, je ne veux pas que la politique politicienne vienne m’emmouscailler ». (lien), et qui s’est déclaré candidat à la tête de l’état. lien

Pareil pour Cambadelis qui affirmait en 2017 : « je serais un spectateur désengagé » (lors de la présidentielle de 2022/ndlr), (lien) et qui aujourd’hui « ne sent pas hors-jeu pour 2022 »lien

Aurélie Philippetti en octobre 2018 voulait se consacrer à la littérature, louche maintenant vers la campagne présidentielle, constatant qu’un sondage récent donne à sa liste régionale 16%…(lien), semble bien prête à tenter sa chance pour mai 2022lien

Même la mairesse de Paris qui, en pleine campagne municipale de 2020 clamait : « Paris me comble, je ne serais pas candidate à la présidentielle », (lien) assure aujourd’hui : « je veux être celle qui apporte l’énergie pour se réunir». lien

Et quid de l’homme du redressement productif,  Arnaud Montebourg ? En février 2018, il affirmait : « la politique ? Je suis passé à autre chose »… (lien2 ans après, se veut le candidat des souverainisteslien

Quant à Laurent Wauquiez, en juin 2019, il voulait « prendre du recul »… (lien) ne voit maintenant « aucune porte fermée ». lien

Et ce n’est qu’un début…

Rien de nouveau sous le soleil, Nicolas Machiavel n’avait-il pas déclaré : « pour réussir en politique, il ne faut pas dire la vérité, mais dire ce que le peuple a envie d’entendre ». lien

Il ajoutait : « il faut laisser apparaitre sa nouveauté, pour rectifier ou pour innover est un argument fort pour celui qui veut conquérir le pouvoir »…

Alors aujourd’hui, tous les candidats enfourchent le cheval de la nouveauté, et tous, à l’unanimité, sont devenus les champions de l’écologie…sauf qu’ils mettent sous ce label, des aspects très différents.

Ainsi, pour Marine Le Pen, c’est priorité à la défense des petits chats…même si, lors d’un vote européen, elle a voté contre la cause animalelien

Pour Macron, on sait à quoi s’en tenir, car après avoir promis à sa « convention citoyenne pour le climat », de dire oui à leurs 146 propositions (lien), les membres de la convention ont noté 3,3 sur 10 la posture du président de la république, évoquant une attitude déloyale, et ont eu un « sentiment de trahison ». lien

Pour Wauquiez, c’est quasi la même chose, alors que lui s’affirme dans une plaquette régionale « le champion de l’environnement », la conseillère régionale Corinne Morel-Darleux en fait une analyse diamétralement opposée, en se basant sur la réalité des actions du président de la région : les subventions qui allaient aux associations défendant l’environnement se sont retrouvées dans la poche des chasseurs…etclien

Anne Hidalgo s’affirme être la plus écolo des maires, avis que ne partage pas le consultant en écologie urbaine, Philippe Clergeaulien

Xavier Bertrand n’y échappe pas, et à l’aurore de la campagne présidentielle se sent subitement des fibres écolo… tout en affirmant sa proximité avec les chasseurs, et en défendant le nucléaire. lien

Quant à Michel Barnier, si il a bien commis en 1990 « le défi écologique chacun pour tous », , cet ex ministre de l’environnement, est tout de même celui qui a créé la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) (lien) laquelle a permis d’entériner le lancement de grands projets d’infrastructure que les écolos qualifient de « GPII » (Grands Projets Imposés et Inutiles). lien

Si Arnaud Montebourg professe maintenant sa foi écolo en publiant son « manifeste écologique », les écolos n’ont pas oublié qu’il défendait lors de son passage à Bercy le gaz de schiste et le nucléaire, le qualifiant de « filière d’avenir », même s’il assure avoir changé d’avis aujourd’hui. lien

Et quid de Manuel Valls ?

Lui qui affirmait en 2016 que « son gouvernement était le plus écologique qui ait jamais existé » (lien) a dû être un peu surpris lorsque, lors d’un sondage portant sur ~40 000 personnes, près de 80% des sondés l’ont jugé « indifférent à la question écologique ». lien

La presse « officielle » à sa part de responsabilité dans cet état de fait…c’est Coluche qui disait : « les journalistes ne croient pas les mensonges des politiques, mais ils les répètent, c’est pire ».

Et ce n’est pas Jacques Chirac qui aurait pu le contredire, lui que les guignols avaient  surnommé « super-menteur »lien

Mais s’il n’y avait que « le mensonge »…

Quid des délinquants politiques ?

Comment est-il possible aujourd’hui encore que ceux qui briguent des responsabilités électorales puisse le faire sans casier judiciaire vierge ?

Les tentatives pour imposer cette mesure citoyenne se suivent et se ressemblent, et ont pour l’instant échoué, tant la barre est mise haut pour la réussir… la dernière en date finira le 21 juin 2022. lien

Une pétition récente a dépassé les 237 000 signatureslien

On se souvient pourtant que Macron, à l’époque où il menait campagne pour devenir président, l’avait mis à son programme (page 27 de son programme) (lien),… sauf qu’une fois élu, le candidat d’en marche à fait marche arrière toute sous le prétexte fallacieux d’un risque d’inconstitutionnalité. lien

Des époux Balkany, à Cahuzac, en passant par Claude GuéantSerge DassaultSylvie Andrieux, et tant d’autres, ils sont nombreux à avoir été condamnés… sans pour autant avoir connu les barreaux d’une prison.

En effet, à part quelques exceptions, comme Carignon, à Grenoble et Botton, à Lyon, ils sont rares à avoir accédé à la case prison. lien

Ajoutons que certains partis ajoutent à cette situation scandaleuse une douteuse flagornerie…

Ainsi le FN (ou RN, comme on voudra) avait répandu la formule « tous pourris »…en s’oubliant miraculeusement dans le lot, puisqu’il est le premier parti condamné de France, avec plus de 15% de condamnés.

En effet, avec seulement 827 conseillers municipaux en 2020, (lien) le FN avait déjà été condamné à 56 reprises à la fin 2012lien

Les autres partis ne sont pas en reste, comme on peut le constater lors de la dernière municipale : Romain Bail, condamné pour faux et usage de faux à un an de prison avec sursis et 5000 euros d’amende…candidat à Ouistreham.

Pareil à Aix en Provence, ou Marie Joissins, se propose pour sa réélection, alors qu’elle a été condamné en appel à 6 mois de prison, et un an d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Et quid de François Bayrou, qui a été mis en examen pour complicité de détournement de fonds publics ?

Allons du côté de Cercottes, dans le Loiret Marial Savouré-Lejeune, condamné à 1 an de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende et 2 ans d’inéligibilité pour une affaire d’escroquerie à l’assurance…tout comme le maire de Fontaine, dans l’IsèreJean-Paul Trovero (1 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende pour favoritisme).

La présidentielle 2022 avec son lot de menteurs, de tricheurs, et de séducteurs, risque de ne pas enthousiasmer grand monde.

Pas étonnant dès lors que les politologues craignent que la présidentielle 2022 soit largement boudée par les électeurs, surtout si le scénario de 2017 se renouvelle. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « on ne se repent guère du silence, et on se repent maintes fois d’avoir parlé ».

UN VALLS A TROIS TEMPS

Olivier Cabanel 

LA ‘‘PAROLE’’ DES POLITIQUES

Publié dans LES 7 DU QUÉBEC

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article