SAINTE JOSÉPHINE BAKHITA

Publié le par Abbé Alain-René ARBEZ

SAINTE JOSÉPHINE BAKHITA

Joséphine Bakhita est née au Soudan en 1869, province du Darfour, au sein d’une tribu nubienne, les Dagiù.

La première épreuve qu’elle rencontre dans son pays est liée à la présence de tribus arabes négrières pratiquant le trafic des esclaves : ils enlèvent sous ses yeux sa sœur Kishme en 1874. Toute la famille a pleuré abondamment, même si ce genre de situation effrayante était courante dans la région.

Lorsqu’elle a 9 ans, elle doit subir le même sort que sa sœur : enlevée, elle est emmenée au loin. Elle est envahie par l’angoisse. Les négriers musulmans la vendent et la revendent avec plus-value sur les marchés d’El Obeid et de Khartoum. Objet de marchandage, elle est victime de mauvais traitements, coups de fouets, insultes, punitions.

Elle devient alors la propriété d’un général ottoman qui lui fait subir de douloureuses scarifications comme on marque son troupeau. Mais le notable décide de vendre tous ses esclaves, et Bakhita est acquise par le consul d’Italie à Karthoum en 1883. C’est un homme bon qui a voulu la soustraire à sa vie de servitude avilissante. Lorsque le consul quitte le pays suite à des émeutes, Bakhita la supplie de ne pas la laisser sur place. Il entend son appel désespéré et l’emmène avec une famille amie, les Michieli. La maîtresse de maison se prend d’affection pour la jeune fille et la garde à son service. Le groupe débarque dans la région de Venise.

Madame Michieli fait confiance à Bakhita et elle lui demande de s’occuper de sa fille Mimmina, ce qu’elle fait avec affection. Puis Madame Michieli fait entrer sa fille accompagnée de Bakhita chez les religieuses canossiennes de Venise. Bakhita se plaît beaucoup dans cet environnement et elle refuse finalement de repartir chez les Michieli lorsqu’ils exigent de la reprendre chez eux avec leur fille. Le conflit est réglé par la justice qui reconnaît le droit de Bakhita de choisir son lieu de vie, l’esclavage n’étant pas autorisé en Italie.

Bakhita témoigne : « les sœurs firent mon instruction avec beaucoup de patience et me firent connaître ce Dieu que tout enfant je pressentais dans mon cœur sans savoir qui il était. »

Le 9 janvier 1890, Bakhita est baptisée et confirmée par Mgr Agostini, cardinal de Venise. De joie, elle embrasse les fots baptismaux en disant : « Ici je suis devenue fille de Dieu ! ».

Trois ans plus tard, elle demande à devenir religieuse à l’âge de 24 ans. La mère supérieure lui précise : « Ni la couleur de peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir l’une de nos sœurs ! » Bakhita rejoint le noviciat des Sœurs de la Charité à Venise.

Bakhita prononce ses vœux le 8 décembre 1896 à Vérone, puis est transférée à Schio, province de Vicenza où durant 50 ans elle s’occupe des tâches ménagères de la communauté. En 1927, lors de ses engagements définitifs, Bakhita, surnommée la petite mère noire (Moretta), déclare : « Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu ! »

Elle ajoute : « La sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Et je connus finalement ce Dieu que je sentais dans mon cœur sans savoir qui il était »

Mais atteinte d’une longue et douloureuse maladie, Bakhita entre dans une pénible agonie où elle revit les jours de son esclavage. Elle murmure : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal ! » Elle meurt en 1947 à l’âge de 78 ans.

A la suite de miracles, les témoignages affluent sur l’efficacité de son intercession. Son procès en béatification se déroule à Vicenza entre 1955 et 1957. C’est le pape Jean Paul II qui signera le décret de béatification en 1992, en disant : « Cette sainte fille d’Afrique montre qu’elle est véritablement une enfant de Dieu : l’amour et la pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transforment une vie de façon extraordinaire »

Personnellement, j’ai eu le privilège de rencontrer à Genève Mgr Macram Max Gassis, évêque soudanais de El Obeid, qui apportait son témoignage, car il ne pouvait pas poser les pieds dans son pays, menacé de mort par les islamistes en raison de son engagement pour les communautés chrétiennes locales. On oublie trop souvent que la guerre du Soudan, la plus longue d’Afrique, a causé par le jihad la mort d’un million et demi de chrétiens et d’animistes.

L’évêque exilé déclare : « Bakhita est le symbole du fait que la femme est le pivot de la société, malgré les tribulations et les difficultés. La figure de Bakhita est celle d’une femme qui sait supporter les humiliations et la violence avec humilité, dignité et amour. C’est la démonstration qu’aucune souffrance n’humilie tellement une femme au point de la priver de l’amour de Dieu, au contraire, l’amour de Dieu précisément rachète la femme de toute souffrance. Pour cela, Bakhita, libérée de l’esclavage physique, choisit de se faire l’esclave de l’amour de Dieu qui libère. Bakhita est la première sainte africaine non martyre. Cela veut dire que la sainteté n’est pas réservée seulement à l’homme africain, qui est dans la partie est du continent la figure prédominante. Même une femme qui suit fidèlement Jésus peut devenir une sainte, c’est une valeur éclatante pour l’Afrique ! »

Dans son encyclique Spe salvi, le pape Benoît XVI a cité en exemple le cheminement et la figure féminine de Bakhita.

QUAND LES FEUILLES D’AUTOMNE S’ENVOLENT© Abbé Alain-René ARBEZ, 

avec l’aimable autorisation de Dreuz.info. 

Prêtre catholique, commission judéo-catholique de la  conférence des évêques Suisses et de la Fédération Suisse  des communautés Israélites.
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