ADRIENNE BOLLAND, LA DÉESSE DES ANDES

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ADRIENNE BOLLAND, LA DÉESSE DES ANDES

Adrienne Armande Pauline Bolland naît le 25 novembre 1895 à Arcueil. Son arbre généalogique montre que les familles Bolland-Boland (la rivière Bolland se situe dans l'ancien royaume de Belgique, près de Verviers) étaient cousines et qu'elles remontent au roi Pépin le Bref. Adrienne Bolland est la dernière des sept enfants du couple.

Débuts comme pilote

Adrienne Bolland obtient son brevet de pilotage le 26 janvier 1920. Elle devient la première jeune fille française à avoir obtenu son brevet après la Première Guerre mondiale et fait la une des journaux de l'époque. Elle devient en mars 1920 la première femme pilote engagée comme convoyeur d'avions par René Caudron, et ce, pour trois ans. En avril, elle est la première femme au monde à réussir un looping.

Le 25 août 1920, elle est la première femme pilote à traverser la Manche depuis la France (Harriet Quimby l'avait traversée, quant à elle, depuis l'Angleterre en 1912).

Au grand rassemblement aérien de Buc des 8, 9 et 10 octobre 1920, elle est la seule femme à piloter aux côtés des as Fonck, Nungesser, Romanet, Casale, Bossoutrot, Maïcon, etc. Elle entend parler des « macchabées de la cordillère des Andes » et supplie Caudron de l'envoyer là-bas, « juste pour voir ». Elle voit en ce raid sa seule façon de devenir riche et célèbre en peu de temps.

Survol de la cordillère des Andes

Arrivée à Buenos Aires le 22 décembre 1920, avec deux G3 démontés dans des caisses et le mécanicien René Duperrier de la firme Caudron à ses côtés, elle débute la propagande commerciale demandée par l'avionneur. Mais dès son installation à l'hôtel Le Majestic, la presse argentine révèle le défi que l'aviatrice s'est imposé : être la première femme au monde à passer la cordillère des Andes. Caudron refuse de lui envoyer un avion plus puissant en apprenant la nouvelle.

Humiliée, elle veut montrer aux pilotes présents que son Caudron G3 n'est pas « une guimauve », et elle bat le record mondial féminin d'altitude le 26 février, avec 4.850 mètres, puis offre des exhibitions de voltige à la population argentine. Son visage fait la une des journaux, les habitants l'adorent. Le 20 mars, elle rejoint la ville de Mendoza, où la population l'attend avec impatience. Grâce à cette jeune Française audacieuse, les soutiens financiers viendront, qui permettront de reconstruire la ville, fortement impactée par un violent séisme le 17 décembre 1920, qui fit 1500 morts.

En descendant du Transandin, un train qui faisait le trajet Buenos Aires/Valparaiso en traversant sous la cordillère, le mercredi 23 mars, elle sait qu'elle n'a jamais survolé de montagne, qu'elle ne connaît pas la route aérienne qui mène à Santiago, et elle apprend que son mécanicien a oublié de changer la magnéto du G3 qu'ils ont emporté avec eux. En attendant la nouvelle magnéto, elle fait deux essais, qui vont lui montrer que sa mort est inévitable, la cordillère est « un tapis de fakir », un labyrinthe inextricable battu par des vents rabattants mortels. Mais le 1er avril, elle décolle pour un troisième essai.

La route qu'elle a choisie était la plus directe, mais aussi la plus dangereuse, puisque traversant la vallée la plus venteuse et approchant des plus hauts sommets. Sa route la fait passer à proximité de l'Aconcagua, qui culmine à 6.962 mètres d'altitude. Ses prédécesseurs, uniquement des hommes, des militaires, dotés d'avions de 300 à 600 cv, étaient tous passés par le sud, là où la montagne atteint seulement 3.500 mètres.

Avant de sortir de l’hôtel ce mercredi 1er avril pour rejoindre le terrain de Los Tamarindos, « l'Hirondelle »-surnom donné par les Bonairiens qui comparaient sa chevelure à un nid de Golondrinas-savait qu'elle partirait légèrement vêtue (Duperrier avait doublé son réservoir au cas où elle se perdrait, elle avait donc neuf heures d'essence au lieu de quatre et demi). Elle monta dans l'avion avec seulement sa combinaison de coton, mais dessous, elle avait passé un pull en laine, son pyjama en soie, et s'était enduite le corps de graisse avant de plaquer des feuilles de papier-journal sur son torse. Pour se défendre contre d'éventuelles attaques de condor, réputés pour fondre sur les avions qui pénétraient leur territoire de chasse, elle avait emporté un poignard, et un révolver, qui devait lui servir à mettre le feu à son avion, donc à signaler sa présence en cas d'atterrissage involontaire. La jeune pilote ignorait qu'elle serait suivie par tous les postes du télégraphe qui longent la voie ferrée, car sa route est également celle du chemin de fer de l'époque.

Après s'être perdue, après avoir fait 3 surplaces de 20 minutes chacun à cause des vents de face, après un vol de 4 h15 à une moyenne de 50 kilomètres à l'heure, et après avoir suivi son intuition - qui fut d'écouter les conseils d'une femme envoyée par un habitant des Andes un mois avant son départ pour Mendoza - choix qui la rendra célèbre et qu'elle ne révélera qu'en 1946 à la presse, par peur du discrédit, elle se pose sur la piste de Lo Espejo, l'école militaire d'aviation de Santiago du Chili - aujourd'hui El Bosque.

Le Chili l'accueille en héroïne. Seul absent, l'ambassadeur de France à Santiago, à qui la presse locale faisait la mauvaise blague de ce passage depuis trois semaines. Il crut effectivement à un poisson d'avril, oubliant qu'au Chili, cette date marque la fête des Saints-Innocents.

En 1940, elle décide avec son mari de rester dans la zone occupée par les Allemands. Tous deux rejoignent le réseau CND-Castille du Loiret. Vinchon est agent P1 à Paris, Adrienne Bolland agent P2 à Donnery. Elle devient « radio » et chargée du repérage des terrains susceptibles d'aider les Forces aériennes françaises libres.

Dernières années

L'après-guerre la verra se battre encore pour obtenir la retraite des anciens combattants civils.

En 1961, Air France fête les 40 ans du survol historique de la cordillère des Andes en offrant le voyage au couple Bolland-Vinchon. Elle devient l'ambassadrice officielle de la compagnie, qui lui permet de voyager et de passer le virus du pilotage aux jeunes.

En 1971, Air France fête la première traversée d'un vol direct Paris-Santiago du Chili, et le cinquantenaire de son passage des Andes est l'évènement de l'année pour la presse sud-américaine. Adrienne est accompagnée de 30 personnes. Leur tournée les mène de Rio à Santiago en passant par São Paulo, Montevideo, Buenos Aires et Mendoza.

Adrienne Bolland meurt le 18 mars 1975 dans le 16e arrondissement de Paris. Elle est enterrée aux côtés de son époux (mort en 1966) au cimetière de Donnery, dans le Loiret, berceau de sa famille. Son frère, ses proches encore vivants et quelques membres d'honneur des Vieilles Tiges sont présents à ses obsèques.

Elle est la seule gloire des « ailes françaises » à ne pas avoir de monument à son nom en France ou à l'étranger. Néanmoins, on trouve une fresque à Arcueil depuis septembre 2019.

Plus d’information en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrienne_Bolland

Publié dans A SAVOIR...

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