TENDRE L’AUTRE JOUE…

Publié le par Abbé Alain Arbez

TENDRE L’AUTRE JOUE…

On peut parfois avoir l’impression que la Parole de Dieu nous demande des choses impossibles, qui restent hors de notre portée…

Pourtant, les textes nous ouvrent une réflexion, et même une voie d’humanité qui amplifie les critères de l’intelligence et du cœur : il ne nous est pas pour autant demandé de devenir parfaits instantanément… il s’agit simplement de faire confiance à l’appel du Christ et accepter d’entrer dans un processus de renouvellement que nos seules forces ne peuvent atteindre. En recommandant à ses disciples de « tendre l’autre joue » en cas de conflit, Jésus ne fait pas de la sociologie de masse, il n’invente pas une théologie de la soumission. Il offre une sagesse inspirée, pour modifier les mécanismes de surenchère agressive dans les relations interpersonnelles.

Nous savons que le visage de Dieu mis en lumière par Jésus n’est pas celui des divinités de la mythologie. Si Jésus tient à l’appeler « le Père », c’est parce qu’il nous engendre à la vie. C’est le Dieu de l’alliance, le Dieu de tendresse et d’amour, dont nous parlent si bien les psaumes. C’est le Dieu de compassion, toujours prêt à pardonner et à faire revivre chacun d’entre nous. C’est au nom de ce Dieu d’amour qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants, que nous voyons Jésus transmettre le pardon…

Il relève ainsi Marie Madeleine, Zachée, la femme adultère, le fils prodigue, la Samaritaine, l’apôtre Pierre, les ouvriers de la dernière heure, le brigand crucifié à ses côtés, ses bourreaux, et bien d’autres encore…

C’est ainsi que Jésus rend possible ce que le prophète Ezekiel promettait de la part de Dieu au retour d’exil : « Je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair ! ».

A l’époque de Jésus, la vie communautaire se réfère à la loi de Moïse qui guide les croyants dans la vie quotidienne. C’est pourquoi Jésus prend une position très claire par rapport aux exigences de base de cette loi : « je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir… » c’est-à-dire non pas supprimer, mais étendre davantage son rayon d’action à toutes les situations humaines, afin que l’Esprit de Dieu vienne transfigurer tous nos comportements dans l’amour de Dieu.

La première lecture, au livre de Samuel, nous a préparé à entrer dans cette perspective novatrice. La loi du talion était déjà un frein à l’esprit de vengeance, car il s’agissait de garder le sens de la mesure en recherchant l’équité. C’est ce qui arrive à David, car le roi Saül est tellement jaloux de sa victoire sur Goliath qu’il s’est mis en tête de le faire disparaître. Quand il trouve le roi Saül endormi dans une grotte, David pouvait très bien se débarrasser de son persécuteur, mais bien inspiré, il décide de ne pas rendre coup pour coup et il lui laisse la vie sauve.

Concernant les comportements à tenir face à la violence, Jésus connaît ce qui s’agite dans le cœur de l’homme. Il sait que les situations de conflit peuvent de réaction en réaction conduire au pire, c’est pourquoi il nous montre que la réponse doit être réfléchie lucidement. Tous les prophètes avant Jésus ont déjà dénoncé le cercle vicieux de la violence et certains l’ont même subie dans leur chair en raison de leur témoignage à la vérité.

Jésus rappelle que Dieu n’est pas un Dieu vengeur, au contraire, Dieu souffre en voyant toutes les dérives destructrices de ses enfants. Alors, Jésus enseigne à ses disciples de ne jamais entrer dans le jeu malsain du mépris, il demande de briser l’engrenage de la violence. « Si on te frappe sur une joue, tends l’autre joue ». Beaucoup de commentaires tournent en ridicule cette recommandation de Jésus. Comme si ce comportement de dignité était une fuite des problèmes enfermant dans une passivité coupable. C’est plutôt une formule-choc comme Jésus les utilise souvent, pour faire comprendre qu’il n’y a pas de fatalité et que l’on ne doit pas prendre son parti de la violence qui règne autour de nous. Il faut rechercher comment la stopper en cherchant à vaincre le mal par le bien. Lorsque durant sa passion Jésus est confronté lui-même au gardien qui le gifle sans raison, il ne tend pas l’autre joue, mais il interpelle l’agresseur dans le but de le faire réfléchir à ce qu’il fait.

Tendre l’autre joue ne signifie aucunement rester inerte ou indifférent au mal. Jésus n’a jamais fermé les yeux sur les souffrances engendrées par la violence, et il invite toujours à protéger les plus faibles, et à défendre ceux qui sont menacés.

S’il dénonce les abus des puissants sur les faibles, son précepte exhorte à ne pas cautionner la violence de l’autre, ce qui veut dire résister à l’attraction du mal en neutralisant toute réaction instinctive de vengeance. Car la force du bien passe par la puissance des gestes de bienveillance, de gratuité, de pardon : Jésus nous dit qu’ils ont le pouvoir de faire reculer le règne de la violence. Cet enseignement est conforme au don que Jésus fait de lui-même. Il ajoute : aimer seulement ceux qui nous aiment, il n’y a rien d’extraordinaire. Il faut aller plus loin, non seulement ne pas tuer, c’est bien le minimum, mais saisir chaque occasion de faire vivre les autres.

Il sait qu’on peut aussi détruire quelqu’un par des paroles agressives. C’est dans ce sens que Jésus nous propose de sortir de cette spirale pour être les pionniers du monde à venir, les témoins d’une nouvelle logique dans les relations humaines. Il sait que nous sommes fragiles, mais en nous demandant de tendre l’autre joue, il nous suggère de laisser un espace pour maîtriser nos émotions, dans le respect de l’autre. Nous pourrons ainsi montrer à l’agresseur une autre face de la situation qu’il n’avait pas encore prise en compte, et qui pourra désarmer son agressivité. Jésus nous encourage donc à dépasser nos réflexes, pour agir au service du bien, mais il précise : agir sans calcul, sans rien espérer en retour.

En effet, dans la vie spirituelle, la récompense n’est pas le but de nos efforts, l’évangile nous dit qu’elle nous sera accordée par surcroît, comme une joie inestimable et un cadeau gratuit venant du Royaume de Dieu.

QUAND LES FEUILLES D’AUTOMNE S’ENVOLENT

 

 

 © Abbé Alain Arbez

avec l’aimable autorisation de Dreuz.info. 

Prêtre catholique, commission judéo-catholique de la  conférence des évêques Suisses et de la Fédération Suisse  des communautés Israélites.
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