APRÈS LE 19 MARS 1962, LES «ACCORDS D’ÉVIAN» N’ÉTAIENT DONC PAS LA FIN DE LA GUERRE

Publié le par Manuel Gomez

APRÈS LE 19 MARS 1962, LES «ACCORDS D’ÉVIAN» N’ÉTAIENT DONC PAS LA FIN DE LA GUERRE

La France a reconnu des morts pour la France, en Algérie, après le 19 mars 1962, les «Accords d’Evian» n’étaient donc pas la fin de la Guerre

A Evian, les pourparlers traînaient en longueur. Une victoire militaire de l’ALN sur le terrain pouvait en faciliter la signature.

Le 9 mars 1962, quelques centaines de soldats français, de jeunes appelés, allaient être sacrifiés pour accélérer la signature de ces « Accords d’Evian ».

Cet épisode de la guerre d’Algérie a été soigneusement occulté par tous les gouvernements français et par tous les médias.

Dix jours avant la signature des «accords d’Evian» l’armée française allait commettre, sur ordre de De Gaulle et de son gouvernement, la plus odieuse forfaiture de son histoire.

Le chef de l’État français avait décidé de refaire un nouveau Diên Biên Phu, en laissant massacrer une unité d’infanterie, composée essentiellement de jeunes appelés du contingent, basée non loin de Souk-Ahras, dans l’Est algérien, face au village tunisien de Sakhiet-Sidi-Youssef.

Depuis le lever du jour de ce 9 mars 1962, une pluie d’obus tirés par l’artillerie lourde de l’ALN, installée en Tunisie, pleuvait avec une intensité sans précédent sur cette unité composée de jeunes recrues, des appelés pour la plupart.

Le commandant de l’unité n’avait pas les moyens matériels de riposter car ses hommes n’étaient équipés que d’armes légères.

En effet, sur ordre du gouvernement on lui avait retiré quelques jours plus tôt son artillerie lourde plus un régiment de la Légion étrangère et une demi-brigade de blindés.

Sans cesse le commandant demandait par radio à sa hiérarchie, basée à Constantine et à Bône, l’appui de l’aviation pour le dégager.

La situation devenait désastreuse, à l’aube du 10 mars. Les tirs redoublaient de violence. Puis ce fut le silence total.

«Je vous en prie, réagissez ! Nous risquons une attaque massive des fellaghas». De son poste d’observation le commandant constatait, à l’aide de ses jumelles, qu’à moins d’un kilomètre plusieurs brèches avaient été ouvertes dans le barrage électrifié qui délimitait la frontière entre les deux pays. Sur les collines environnantes, des milliers de combattants de l’ALN progressaient à découvert dans sa direction.

Ils étaient à moins de deux kilomètres à vol d’oiseau. Il savait qu’il ne pouvait pas résister à une attaque de cette envergure et que tous ses hommes allaient se faire massacrer. Il se demandait pourquoi on ne lui envoyait aucune aide.

Ce qu’il ignorait c’est que l’état-major militaire avait reçu l’ordre de ne pas intervenir. Pour quelles raisons ?

Des négociations étaient engagées avec les nationalistes algériens et Louis Joxe discutait en ce moment même à Evian avec les représentants du GPRA. Pour amadouer les dirigeants nationalistes, le gouvernement français avait décidé quelques jours plus tôt un «Cessez le feu unilatéral».

Ainsi l’ALN (Armée de libération Nationale) pouvait agir en toute impunité et tenter une opération spectaculaire afin de négocier dans de meilleures conditions. C’est pour cette raison que de Gaulle allait sacrifier sans aucune pitié, sans aucune émotion, quelques centaines de jeunes soldats appelés du contingent dans le seul but de démontrer à la métropole la nécessité urgente de terminer cette guerre, «quel qu’en soit le prix»

Informé de tout cela, le lieutenant-colonel Lisbonis, commandant la base aérienne 213 de Bône, hésitait à intervenir. Un an plus tôt, au moment du putsch des généraux, il était resté fidèle à De Gaulle. Mais sa conscience le tenaille et il ne peut concevoir de ne pas se porter au secours de ces soldats français sacrifiés au nom d’une odieuse politique d’abandon…

Dès le lever du jour, il donne l’ordre aux escadrilles de décoller. En quelques heures la victoire change de camp. Les pilotes des T-6 arrosent de leurs mitrailleuses les fellaghas, surpris par une attaque aérienne qu’ils n’attendaient pas, et les A-26 franchissent la frontière, les poursuivant et lâchant leurs bombes sur les positions de l’artillerie adverse.

Les soldats du contingent et la population civile sont sauvés.

Quant au lieutenant-colonel Lisbonis, il s’envole pour Paris. Non pas pour être félicité mais par mesure disciplinaire ! Le gouvernement lui reproche d’avoir enfreint les ordres et d’avoir gravement compromis les pourparlers d’Evian.

Le 14 mars 1962, le commandant de la base aérienne de Bône-les-Salines est mis aux arrêts pour avoir riposté aux attaques de l’ALN contre le barrage et sauvé quelques centaines de jeunes soldats et de civils français.

A Alger, un incident provoqué à BEO entre une patrouille militaire et un commando de l’OAS (il serait trop long de l’expliquer aujourd’hui mais cela est développé dans mon livre ‘‘J’accuse de Gaulle’’) permet à l’armée française le «blocus du quartier de BEO» pour en finir avec l’OAS.

Par ordre de De Gaulle, la délégation française accepte toutes les conditions exigées par les représentants du GPRA : c’est le «Cessez le feu», mais uniquement par l’armée française, pas par nos ennemis.

A Alger une manifestation pacifique se dirige vers BEO afin de soutenir la population assiégée. C’est le 26 mars 1962. Les détails de cette «tuerie» sont connus par nous tous et par vous tous.

La preuve directe de l’organisation par le gouvernement français, donc par De Gaulle en personne, de ce massacre des innocents, rue d’Isly à Alger nous est apportée par Christian Fouchet, Haut-commissaire en Algérie ce 26 mars 1962, et ministre de l’Intérieur en mai 1968, date où il est limogé par De Gaulle.

Voici le témoignage et l’aveu de Christian Fouchet le 28 octobre 1969 : J’en ai voulu au général de m’avoir limogé au lendemain de mai 1968. C’était une faute politique. De Gaulle m’a reproché de ne pas avoir maintenu l’ordre en mai 68. – « Vous n’avez pas osé tirer » m’a-t-il dit. « – J’aurais osé s’il l’avait fallu – lui ai-je répondu – Souvenez-vous de l’Algérie et de la rue d’Isly. Là j’ai osé et je ne le regrette pas parce qu’il fallait montrer que l’armée n’était pas complice de la population algéroise ».

> Ce même jour, 19 mars 1962, à Eckmul (Oran), 16 personnes, dont 3 femmes, étaient enfermées dans un hangar par l’ALN (Armée Nationale Populaire) avant de l’incendier. Elles sont toutes mortes carbonisées vivantes.

> Ce même jour, la gendarmerie d’Oran signalait que des dizaines d’Européens étaient séquestrés, jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour servir de donneurs de sang pour les combattants de l’ALN. On les retrouva la peau collée aux os et totalement vidés de leur sang.

Après ce 19 mars 1962, et je cite ces chiffres sous le contrôle de M. Eugène-Jean Duval, inspecteur général des armées et les «archives officielles» :

> 91 actions de guerre de l’ALN et du FLN contre la France.

> Le 20 mars 1962, 18 soldats tués et 3 blessés.

> 90 soldats français disparus.

> 239 soldats français, faits prisonniers par l’ALN, qui ne sont jamais revenus.

> 1580 civils européens disparus (dont des dizaines de femmes expédiées vers des bordels militaires de l’ALN).

Entre le 19 mars et le 5 juillet 1962, plus de 5000 enlèvements (officiellement 3093 Français et Européens)

> 1165 civils assassinés.

> 1773 disparus.

> Plus de 60.000 harkis et moghaznis, engagés aux côtés de l’Armée française, massacrés ainsi que des membres de leurs familles.

Interdiction, par le gouvernement français, à la Croix Rouge Internationale de s’y intéresser : télégramme (très secret) signé Louis Joxe et daté du 2 avril 1962 : « Je serais, pour ma part, hostile à une intervention quelconque de la Croix Rouge internationale dans tout ce qui concerne les arrestations et détentions d’Européens ».

La France a reconnu officiellement des «morts pour la France», en Algérie, après le 19 mars 1962, c’est bien la preuve que les «Accords d’Evian» n’ont jamais marqué la fin de la guerre.

Nous serons toujours «présents», toujours «debout», on ne nous fera jamais taire.

FRANCE : IL N’Y A PLUS DE LIBERTÉ D’ESPRIT, PLUS DE DROIT DE SOUTENIR SES PROPRES IDÉES
 
 

© Manuel Gomez  

Avec l’aimable autorisation de Dreuz.info.

Manuel Gomez est né à Alger (Bab-el-Oued) le 17 novembre 1931.

Engagé par Albert Camus, à l'âge de 15 ans, comme  pigiste à "Alger Républicain", Manuel Gomez a poursuivi sa carrière comme rédacteur dans les quotidiens "La Dépêche d'Algérie", puis à Paris à "L'Aurore" et "Paris-Turf.

Il a été chef de rubrique au "Méridional" de Marseille. et Rédacteur en chef de "Midi-Magazine" à Nice.

Manuel Gomez a été le proche collaborateur de M. Georges Bidault, dernier président, après Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance et dernier responsable de l'OAS, après l'arrestation du général Salan, et rédacteur en chef du Bulletin National du CNR/OAS "France Presse-Action" en 1961. Après 1995, il a écrit et publié 21 livres, tous en vente sur Amazon, y compris le dernier "Et si je revenais..."

Lauréat du "Prix Véritas" 2015 pour son livre "J'accuse De Gaulle".

Publié dans Manuel GOMEZ

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