LE MANQUE DE VRAI DÉBAT EMPÊCHE DE PARLER DES DÉFICITS ET DE L’ENDETTEMENT

Publié le par Jean-Jacques Netter

LE MANQUE DE VRAI DÉBAT EMPÊCHE DE PARLER DES DÉFICITS ET DE L’ENDETTEMENT

Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la petite musique du macronisme commençait à se faire entendre. La croissance était revenue, les investisseurs étrangers étaient inexorablement attirés par l’attractivité de la France, on avait de plus en plus de « licornes » dans la tech. Certes les déficits budgétaires et commerciaux étaient très élevés mais cela aurait pu être pire…

Malheureusement en regardant d’un peu près on voit bien que le quinquennat d’Emmanuel Macron a été dopé à la dépense publique, financée en quasi-totalité à crédit. L’économie française est confrontée à la malédiction des déficits jumeaux (budgétaire et commercial).

De plus, le surcroit de dépenses n’a pas assuré à notre pays une croissance significativement supérieure à celle de pays moins généreux.

On a bien compris que Macron voulait enjamber l’élection présidentielle, pour éviter les débats. Les Français lui ont manifesté beaucoup de haine durant son quinquennat. Seule une partie de l’opinion reconnait qu’il a fait bouger des lignes.

Pourtant les dépenses publiques s’élèvent à 45.000€ pour chacun des 30,5M de ménages français, dont 54,7% relèvent des budgets de la protection sociale.

Quand on essaye de regarder objectivement les propositions des candidats à l’élection présidentielle dans le domaine de l’économie, on pourrait se dire qu’il est vraiment dommage qu’il n’y ait pas de vrai débat.

La fiscalité des entreprises est un domaine dans lequel le monde politique peut faire preuve de beaucoup de démagogie. La France fait déjà partie des pays qui taxent le plus les entreprises, cela n’empêche pas certains candidats de faire des propositions stupides comme de créer un impôt progressif en fonction du chiffre d’affaires avec en plus une contribution exceptionnelle pour les grands groupes (F Roussel/PC). L’autre concept innovant, ce serait de taxer les entreprises ayant profité de la crise sanitaire ! (JL Mélenchon/LFI).

Dans le camp des bonnes idées on trouve l’idée de baisser l’impôt sur les sociétés à 15% pour les petites entreprises, les artisans et les commerçants (E Zemmour/Reconquête) et celle qui consisterait à exonérer pendant cinq ans pour les entrepreneurs de moins de 30 ans (M Le Pen/RN)

L’impôt sur les sociétés est encore trop élevé.

Emmanuel Macron a baissé l’impôt sur les sociétés. Le gouvernement Castex a engagé une baisse de 10 Md€ sur les 70Md€ existant. Les efforts de réduction avec l’Allemagne sont encore insuffisants. Pour les ramener dans la moyenne européenne il faudrait les ramener à 2,3% du PIB. Valérie Pécresse s’engage à réduire la C3S. Eric Zemmour réduirait l’impôt sur les sociétés de 30 Md€ et Marine Le Pen le réduirait pour l’industrie, les PME et les ETI via la suppression de la Cotisation Foncière des Entreprises et de la Contribution Sociale de Solidarité (C3S) dans les zones de relocalisation.

Une mauvaise fiscalité des particuliers peut encore diminuer la compétitivité de l’économie française. C’est un domaine qui peut inciter des français à s’installer à l’étranger et leurs enfants à ne pas revenir. Emmanuel Macron a supprimé l’ISF, mais il a instauré l’Impôt sur la Fortune Immobilière ainsi que la « Flat tax » sur les dividendes. Ces deux mesures de bon sens étaient destinées principalement à faire revenir les exilés fiscaux principalement de Belgique, Grande Bretagne et Suisse. Cela n’a pas été le cas. Ce qui est encore plus grave c’est que leurs enfants qui ont pour la plupart fait des études à l’étranger ne reviendront pas en France.

L’obsession française de la fiscalité punitive, celle qui détruit toujours des emplois et fragilise les plus faibles devrait continuer. Malgré cette overdose fiscale, plusieurs candidats veulent encore accentuer la perte de compétitivité de l’économie française.

Fabien Roussel veut tripler le taux d’imposition de l’ISF par rapport à ce qu’il était avant sa suppression et Jean Luc Mélenchon veut aussi rétablir l’ISF. Marine Le Pen veut créer un impôt sur le patrimoine financier alors que pour Eric Zemmour il n’est pas du tout question de le rétablir l’ISF. Il veut également exonérer la résidence principale de l’IFI alors que Valérie Pécresse ne l’exonérerait qu’à 50%.

En matière d’impôt sur le revenu plusieurs candidats veulent encore accentuer le départ de français à l’étranger. Dans la durée exporter des Bac+7 et importer des Bac–7 donne rarement de bons résultats. Jean Luc Mélenchon se distingue puisqu’il veut instaurer

Quatorze tranches d’imposition contre cinq aujourd’hui. Le taux ciblant les plus « riches » des français serait de 65%. Pour les revenus du capital il veut les imposer au même niveau que ceux du travail. Voilà des mesures susceptibles de rapprocher assez vite la compétitivité de la France de celle du Venezuela et de Cuba !

Temps de travail : La France fait partie des pays où on travaille le moins. Les gouvernements ont éloigné les Français du travail et fait monter l’absentéisme. Il faudrait travailler plus et plus longtemps si l’on veut rééquilibrer les comptes de la Nation. Les salariés français à temps complet ont travaillé 1680 heures en 2019 contre 1834 pour les Allemands et 1921 pour les Britanniques La moyenne de l’UE est de 1846 heures.

Roussel et Mélenchon veulent encore accentuer l’écart avec une semaine de travail à 32 heures. Cependant Valérie Pécresse souhaite le retour de la semaine de travail à 39 heures.

En voulant favoriser les bas salaires la France a tiré son marché du travail vers le bas aux dépens de l’emploi qualifié et des produits hauts de gamme.  La très forte progressivité des charges en fonction du salaire entraine des effets de seuils dissuasifs, bloque les hausses salariales et l’ascenseur social… Tout concourt à déconnecter les prestations des cotisations payées par les personnes et les entreprises. La machine à détruire les emplois poursuit ses ravages en France. D’ailleurs la richesse par habitant en France est de 39.000€ contre 46.000 en Allemagne et plus de 60.000€ dans les pays de l’Europe du Nord. La France est à la 23ème place mondiale.

« L’économie grise » représente 11% du PIB mais aussi l’immigration clandestine.

Pour accentuer encore le déclassement de l’économie française Fabien Roussel et Yves Jadot veulent porter immédiatement le smic à 1.500€ par mois et Jean Luc Mélenchon moins ambitieux à 1.400€. Eric Zemmour de son côté veut augmenter les salaires par la baisse des impôts sociaux et pouvoir distribuer une prime zéro charge au mérite pouvant représenter trois mois de salaires. Pour les heures supplémentaires il propose une exonération totale de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires.

Droits de succession : il existe curieusement en France une véritable haine de l’héritage car il s’agit de « lutter contre la progression des inégalités de naissance ». Même le Conseil d’Analyse Economique recommande une refonte des droits qui aboutirait à prélever 12 Md€ de plus ! La France fait partie des pays qui pratiquent des taux les plus élevés alors qu’un pays comme la Suède les a complètement supprimés.

Le plus démagogique est comme souvent Jean Luc Mélenchon qui veut plafonner les héritages. Au-delà de 12 M€ « il prend tout » ! Marine Le Pen veut supprimer les droits de succession pour la majorité des Français. Valérie Pécresse souhaite que chaque enfant puisse hériter de 200.000€ sans être imposé contre 100.000€ aujourd’hui. Emmanuel Macron a annoncé qu’il voulait « alléger le montant des droits de succession ». Eric Zemmour en revanche, pour la transmission des entreprises familiales voudrait une exonération des droits de donation et de succession afin de favoriser la production en France.

La Fiscalité verte inspire bien évidemment les partisans d’une écologie idéologique comme Anne Hidalgo qui veut instaurer un ISF climat et biodiversité ou Yves Jadot qui veut créer un ISF climatique en taxant les patrimoines financiers qui investissent dans les énergies fossiles !

En matière de retraite tout le monde sait qu’il faut rétablir l’équilibre en évitant d’augmenter encore les cotisations. Pour cela, il faut relever l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Macron avait promis une réforme qui n’a pas eu lieu. C’est pourquoi il la remet à son programme. Valérie Pécresse est sur la même ligne et Eric Zemmour s’est prononcé pour 64 ans. En revanche la gauche et l’extrême gauche au mépris de la réalité défendent la retraite à 60 ans !

La baisse des dépenses publiques ne semble pas être un sujet qui intéresse beaucoup les candidats. Même le Gouverneur de la Banque de France est inquiet sur la situation de la dette. Il est curieux que les candidats qui choisiront plus de dépenses et plus d’impôts ne se rendent pas compte que cela générera plus de dette et plus de pauvreté.

Le déclassement de la France ne doit pas être une option.

Depuis des décennies le mode de pensée de la classe politique est marqué par le jacobinisme et le colbertisme. Ce dernier permet de développer « l’État spectacle » et « L’Etat guichet ». Cela produit en permanence des effets d’annonce qui privilégient le court terme électoral par rapport à la stratégie. Le libéralisme au contraire qui n’est pas une idéologie serait la véritable alternative, mais la droite française a toujours beaucoup de mal à jouer la vraie carte libérale. Elle pourrait même contribuer à faire en sorte que Jean Luc Mélenchon arrive au deuxième tour !

En attendant, rien ne serait pire qu’un simulacre de campagne qui laisserait aux français le goût d’une élection confisquée…

Jean-Jacques Netter 

Institut Des Libertés.org 

Jean Jacques Netter est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, Agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du Groupe Revenu Français, et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de le bourse et d’internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.

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Publié dans Institut Des Libertés

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