CHOISISSEZ VOTRE CAMP

Publié le par Père Christian Lancrey-Javal

CHOISISSEZ VOTRE CAMP

Tout au long de l’évangile, les chefs du peuple d’Israël, Pharisiens et scribes, docteurs de la Loi, s’indignent de tout ce qui peut ressembler à de la compromission avec les Romains : païens, impurs ! Et voici qu’ils abandonnent toute vergogne pour leur livrer un des leurs : Jésus le Galiléen, de Nazareth. Non sans réserve, en se bouchant le nez, du bout des doigts : quand ils emmènent Jésus chez Pilate, ils n’entrent pas dans le Prétoire pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal (Jn 18, 28).

Quel sens avons-nous, nous-mêmes, de l’honneur pour ne pas être dégoûtés, scandalisés par cette alliance indigne, de courte vue et d’intérêts immédiats, et pire encore ce qui est le plus grand reniement pour une Nation : remettre un de ses enfants à l’ennemi ?!

Ma confiance en mon pays vient de ce que si je suis perdu, détenu ou menacé dans un pays étranger, mon pays viendra me chercher.

Au cours d’un dîner de sabbat chez des amis juifs, dans une discussion qu’ils avaient, l’un d’eux s’étonnait : « Je ne comprends pas le plaisir que certains éprouvent à tenir des positions contraires à leur camp ». C’est le reproche adressé à Jésus, l’accusation portée contre lui, de menacer l’intégrité de la Nation. Les grands prêtres et les pharisiens réunirent le Conseil suprême : « Qu’allons-nous faire ? Cet homme accomplit un grand nombre de signes. Si nous le laissons faire, tout le monde va croire en lui, et les Romains viendront détruire notre Lieu saint et notre nation. Ils décidèrent de le tuer » (Jn 11, 48. 53).

Nous entendrons vendredi dans la Passion selon saint Jean le mensonge auquel ils s’abaissent devant Pilate qui veut savoir quelle accusation ils portent contre cet homme : « s’il n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré ». Quand Pilate rétorque qu’ils n’ont qu’à le juger eux-mêmes, « suivant votre loi », ils se défaussent avec un aplomb incroyable, en prétendant qu’ils n’ont « pas le droit de mettre quelqu’un à mort » (Jn 18, 31) ! Ce n’est pas ce qu’ils disaient dimanche dernier pour la femme prise en flagrant délit.

Choisir son camp.

Je conçois que l’on rechigne à l’idée – d’appartenir à un groupe, une communauté. L’évangile appelle à un peu plus de hauteur. Il n’en dit pas moins que nous aurons à choisir notre camp : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10, 33 ; Mc 8, 38 ; Lc 9, 26 et 12, 9).

Je le renierai !

“Je ne vous connais pas”. Jésus prévient que certains entendront cette parole au Dernier Jour : “Je ne vous connais pas” ! Lorsque le maître de maison aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes”. Vous direz : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places”. Nous sommes venus à la messe ! “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice” (Lc 13, 25-27. Cf. Mt 25, 12).

Convertissons-nous, pendant qu’il est encore temps.

Choisir son camp. En fonction de quoi ? De nos intérêts ou de notre identité ?

Si c’est en fonction de nos intérêts, il vaut mieux suivre le monde, faire comme tout le monde. Si c’est en fonction de notre identité, nous sommes enfants de Dieu par notre baptême, frères de Jésus-Christ quand nous communions à son Corps dans l’Esprit. Les autres baptisés, même renégats, sont notre famille : ils peuvent nous renier et se renier eux-mêmes. C’est la douleur que nous partageons avec le Père comme dans la parabole du fils prodigue que nous entendions il y a deux dimanches. Une douleur au moins égale à la vue du nombre de personnes à qui l’Evangile n’est pas annoncé. Demandez à saint François-Xavier.

Séparer nos intérêts et notre identité ; renoncer à nos intérêts pour respecter notre identité et accomplir notre mission, tel est le principe de notre conversion. Beaucoup font le contraire : ils renient leur identité pour défendre leurs intérêts. Ils laissent tomber leur famille et reviennent pour l’héritage, avec quelle impudence ! comme des charognards. Nombre de baptisés font pareil avec les ‘valeurs chrétiennes’ : ils les profanent en les honorant quand ça les arrange.

Cette Semaine Sainte est le moment de l’année où nous avons à choisir notre camp. Celui du monde ? Ou du Christ ?

Que choisirons-nous ? Nos intérêts ? Ou la fidélité à notre baptême ?

Convertissons-nous, pendant qu’il est encore temps. Choisissons, choisissez votre camp.

Dimanche des Rameaux et de la Passion
La Passion selon saint Luc

Père Christian Lancrey-Javal, curé  

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