GARDER UN CŒUR VIVANT, D’ENFANT DE DIEU

Publié le par Père Christian Lancrey-Javal

GARDER UN CŒUR VIVANT, D’ENFANT DE DIEU

Dans mes discussions avec les incroyants, j’utilise parfois une expression neutre pour parler de Dieu, comme d’une ‘Puissance supérieure’. Je la dois aux Alcooliques Anonymes, dont j’ai trouvé un groupe présent de longue date dans cette paroisse, et pour lesquels j’ai une très grande admiration : ils ont connu l’esclavage et l’enfer, et ils savent ce qu’est la liberté, une conquête à refaire tous les jours.

Nous avons aussi accueilli une réunion de Narcotiques Anonymes, et il m’arrive de célébrer les obsèques de l’une de ces personnes qui ont vécu une telle ‘sortie d’Égypte’. Qui ont surtout trouvé auprès de leurs frères et sœurs abstinents un chemin de fraternité, un secours dans les ténèbres. Même si une partie de l’assemblée ignore ce passé, nous reprenons alors la prière de la sérénité :

« Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

A la différence du reste du ‘programme’, cette prière ne s’adresse pas à quelque ‘Puissance supérieure’ mais bien à Dieu lui-même, lui demandant « la sérénité, le courage et la sagesse », trois vertus que nous ne mettons pas sur le même plan nous Chrétiens :

La sagesse est un registre essentiel de la Bible, et désigne un et plusieurs livres de l’Ancien Testament. Elle est un genre littéraire majeur de l’Évangile, des paraboles de Jésus, et un des titres du Christ : « Le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24).

Le courage donne la gloire : « Dieu est glorifié en Jésus » pour son courage dans sa mission jusque dans la mort. Les deux grands rois de l’Histoire sainte, David et Salomon, sont deux symboles du courage et de la sagesse. Jésus est appelé fils de David pour son courage. Le signe en est qu’il ne ment pas : le courage s’éprouve moins face au danger que face à la vérité. L’homme courageux ne ment pas.

La sérénité n’appartient pas au vocabulaire chrétien, et la première lecture de ce dimanche le rappelle : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu »(Ac 14, 22). L’inquiétude est la marque de la vie chrétienne, l’état du cœur sans repos tant qu’il n’aura pas vu Dieu de ses yeux.

GARDER UN CŒUR VIVANT, D’ENFANT DE DIEU

D’où cette autre prière, la prière du para (du parachutiste), qui demande à Dieu :

« Donnez-moi, mon Dieu, ce qu’on ne vous demande jamais. Je ne vous demande pas le repos ni la tranquillité, ni celle de l’âme ni celle du corps. Je ne vous demande pas la richesse ni le succès, ni même la santé. Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement que vous ne devez plus en avoir.

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste, donnez-moi ce que l’on vous refuse :Je veux l’insécurité et l’inquiétude. Je veux la tourmente. Et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement, que je sois sûr de les avoir toujours car je n’aurai pas toujours le courage de vous le demander.

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste, donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas. Mais donnez-moi aussi le courage et la force et la foi.« Cette dernière demande est essentielle : donnez-moi l’inquiétude et le courage et la force et la foi. C’est ce qui a manqué à Judas.

Ces deux prières, la prière de la sérénité et la prière du para, qui aspirent l’une à la tranquillité et l’autre au combat, ne s’opposent qu’en apparence, d’autant que ceux qui les font siennes ont en commun ce qui sous-tend le commandement de Dieu sur l’amour du prochain : le sens de la fraternité. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, c’est à votre sens de la fraternité que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, dit Jésus, notre frère, premier-né d’une multitude de frères.

‘Frère universel’ est le nom de Charles de Foucauld, canonisé en ce 15 mai. Nous chanterons à l’offertoire sa prière d’abandon*. Reprenez-la, apprenez-la : elle est, disait-il, une prière de tous les instants. Le Pape Benoît XVI, à Lourdes le 14 septembre 2008, la conseillait pour l’adoration devant le Saint-Sacrement, invitant ceux d’entre nous qui « ne peuvent pas (ou pas encore) recevoir le Christ dans le Sacrement, à Le contempler avec foi et amour, et exprimer le désir de l’aimer et de pouvoir s’unir à Lui. Ce désir de l’aimer a une grande valeur aux yeux de Dieu : ils attendent Jésus-Christ à venir ».

GARDER UN CŒUR VIVANT, D’ENFANT DE DIEU

La prière d’abandon est pleine de cette espérance que demande une autre prière, la prière du Père de Grandmaison, parfaite en ce mois de Mai. Elle demande à Marie de garder un cœur d’enfant, – d’autant que l’évangile de ce dimanche est le seul endroit où Jésus nous dit : ‘petits enfants’ (Jn 13, 33) :

« Sainte Marie, Mère de Dieu, garde-moi un cœur d’enfant, pur et transparent comme une source ; obtiens-moi un cœur simple, qui ne savoure pas les tristesses ; un cœur magnifique à se donner, tendre à la compassion, un cœur fidèle et généreux qui n’oublie aucun bienfait et ne tienne rancune d’aucun mal.

Fais-moi un cœur doux et humble, aimant sans demander de retour, joyeux de s’effacer dans un autre cœur devant ton divin Fils ; un cœur grand et indomptable, qu’aucune ingratitude ne ferme, qu’aucune indifférence ne lasse ; un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ, blessé de son amour et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel. »

Pour saint Augustin, la prière n’a pas pour but d’instruire Dieu mais de construire l’homme, de lui garder un cœur ouvert, un cœur vivant, une souplesse intérieure.

Prions pour garder ce cœur d’enfant de Dieu.

Prière d’abandon de Charles de Foucault

Mon Père, Je m’abandonne à toi. Fais de moi de qu’il te plaira. Que tu fasses de moi, Je te remercie. Je suis prêt à tout, J’accepte tout. Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures, je ne désire rien d’autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre tes mains. Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance
car tu es mon Père.

Texte chanté :

Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout, car tu es mon père, je m’abandonne à toi, Car tu es mon Père, je me confie en toi.

Mon Père, mon Père, en toi je me confie, en tes mains je mets mon esprit. Je te le donne, le cœur plein d’amour. Je n’ai qu’un désir: t’appartenir. Car tu es mon père, je m’abandonne à toi, car tu es mon Père, je me confie en toi.

5ème dimanche de Pâques - Jn 13, 31-33a. 34-35

Père Christian Lancrey-Javal, curé  

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