“L’ÉGLISE EST PLONGÉE DANS L’OBSCURITÉ DU VENDREDI SAINT” (10/10)

Publié le par Laurent Dandrieu-Valeurs Actuelles

“L’ÉGLISE EST PLONGÉE DANS L’OBSCURITÉ DU VENDREDI SAINT” (10/10)

Vous citez très abondamment Benoît XVI, quand tant de gens considèrent ce pontificat avorté comme un échec. Quelle est selon vous sa fécondité ?

Cardinal Robert SARAH : Dieu a vu que le monde s’enfonçait dans une confusion funeste. Il sait que plus personne ne sait où nous allons. Il voit bien que nous perdons toujours plus nos identités, nos croyances, notre vision de l’homme et du monde…

Pour nous préparer à cette situation, Dieu nous a donné des papes solides : il nous a donné Paul VI, qui a défendu la vie et le véritable amour, malgré des oppositions très fortes, avec l’encyclique Humanae vitae ;

il nous a donné Jean-Paul II, qui a travaillé au mariage de la foi et de la raison pour qu’elles soient la lumière qui guide le monde vers une véritable vision de l’homme - la vie même du grand Pape polonais a été un Evangile vivant.

Il nous a donné Benoît XVI, qui a composé un enseignement d’une clarté, d’une profondeur et d’une précision sans égales.

Aujourd’hui, il nous donne François qui veut littéralement sauver l’humanisme chrétien. Dieu n’abandonnera jamais son Eglise.

C’est pourquoi nous devons rester sereins : l’Église n’est pas en crise, c’est nous qui sommes en crise.

Son enseignement reste le même, sa clarté reste la même. C’est vrai que Benoît XVI n’a pas été compris ni accepté, son passé à la Congrégation pour la doctrine de la foi l’avait fait regarder comme un traditionaliste, un réactionnaire, mais il est demeuré calme, serein et humble. Il a été un socle pour la doctrine, pour la vie intérieure, pour l’avenir de l’Eglise.

À l’adresse de la jeunesse catholique, vous citez cette très belle phrase du poète anglais T.S. Eliot : « Dans le monde des fugitifs, celui qui prend la direction opposée aura l’air d’un déserteur. » Les jeunes croyants sont-ils voués à être des résistants ?

Il faut que nous soyons en tout des résistants, que nous prenions la direction contraire du monde sécularisé, c’est-à-dire la route du Christ, l’unique sauveur du monde.

J’encourage les jeunes à regarder vers le Christ. Dans le roman d’Hemingway ‘‘le Vieil homme et la mer’’, on voit le héros tenter de remorquer vers le port un gros poisson qu’il a pêché. Mais il ne peut pas le hisser seul hors de l’eau ; le temps qu’il arrive au port, les requins ont dévoré le poisson.

Les jeunes sont fragilisés aujourd’hui par tellement de sollicitations, que s’ils s’isolent, ils courent le risque énorme d’être dévorés.

Aujourd’hui, si vous êtes seuls, il y a beaucoup de requins qui vont dévorer votre foi, vos valeurs chrétiennes, votre espérance.

Jésus a créé une communauté de douze apôtres et quand il a fallu les envoyer en mission, il les a envoyés deux par deux.

Désormais, pour défendre notre croyance, pour être solide, il faut nous soutenir mutuellement dans la foi, marcher comme une communauté unie autour du Christ : « Là où deux ou trois sont réunis, je suis au milieu d’eux. » C’est de cette présence que nous pouvons tirer notre force. ‘‘Le soir approche et déjà le jour baisse’’est une réponse pensée et argumentée à cette urgence.

Interview du Cardinal Robert Sarah par Laurent Dandrieu

Publié dans Valeurs Actuelles

le 27/03/2019

Le soir approche et déjà le jour baisse,

Cardinal Robert Sarah avec Nicolas Diat,

Fayard, 450 pages, 22,90 €.

Publié dans LIBERTÉ D'EXPRESSION

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