COMMENT LES POLITIQUES ET LA HAUTE FONCTION PUBLIQUE ONT DESOSSÉ L’ÉTAT

Publié le par Yves Mamou

COMMENT LES POLITIQUES ET LA HAUTE FONCTION PUBLIQUE ONT DESOSSÉ L’ÉTAT

En 1980, le Parti communiste français (PCF) dénonçait ‘‘l’État-Giscard’’ et le ‘‘quadrillage’’ de l’État par la bande des hommes du Président de la République. L’État apparaissait comme ce bien commun qu’une clique, celle de Valery Giscard d’Estaing, tentait d’accaparer pour le faire tourner à son avantage exclusif.

Prendre d’assaut l’État et s’y maintenir a toujours été le but des hommes de pouvoir. Mais avec Emmanuel Macron, il semble que nous soyons entrés dans une période nouvelle. Celle du désossage de l’État. Désossage ne signifie pas que le pouvoir est mis en pièces ou disparait. Cela signifie que le pouvoir réel s’exerce de plus en plus en dehors des circuits traditionnels de l’État.

Il ne s’agit plus d’accaparer l’État, mais d’exfiltrer la décision des institutions qui auparavant la fabriquaient.

L’affaire Benalla a constitué les prémisses du désossage de l’État.

Qu’a fait Emmanuel Macron ? Dès sa première élection, il a constitué un réseau parallèle de sécurité au sein de l’Élysée. Tout le monde à l’époque a pensé qu’il s’agissait d’une lubie. Par enfantillage ou amitié mal placée, Emmanuel Macron avait entrepris de confier sa sécurité à une garde rapprochée qui n’avait rien à voir avec la protection institutionnalisée de la gendarmerie et la police. Six ans après, il est clair que ‘‘l’affaire Benalla’’ a été le prototype d’un système. Plutôt que d’apprendre à faire tourner la machine de l’État, Emmanuel Macron a mis en place des circuits de commandement différents, des circuits nouveaux, plus courts, qui n’obligent pas à un débat (démocratique) et qui relèvent de sa seule volonté.

En d’autres termes, le président a entrepris de gérer la France comme une entreprise. Avec Macron, le processus de décision est en permanence externalisé. Prenons le dernier machin en date, ‘‘le Conseil National de la Refondation’’ (CNR) dont les travaux commencent ce 8 septembre. Tout le monde a bien noté les initiales CNR qui font référence au Conseil National de la Résistance. Mais à l’époque, le CNR devait repenser un Etat mis en miettes par la guerre et qui surtout, s’était gravement compromis avec les nazis.

Là, de quelle refondation s’agit-il ? Nul n’a très bien compris. Gérard Larcher, président du Sénat s’est indigné. « On a voté a-t-il dit dans le Figaro, sur proposition du gouvernement précédent, initiée par le chef de l’État, une réforme du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) pour faire de cette assemblée ‘‘le carrefour des consultations publiques’’. Et voilà qu’on invente un machin supplémentaire ! Ce n’est pas la bonne démarche pour reconstruire la confiance ».

Les Partis d’opposition estiment que le lieu du débat politique est au Parlement et ne veulent pas participer au CNR ? Peu importe, Emmanuel Macron se tourne vers des corps intermédiaires comme l’association des maires de France.

Le Covid a également été l’un des grands moments de l’externalisation de la décision politique. Le bon peuple ébaubi a vu surgir les ‘‘Conseils De Défense’’ pour élaborer une stratégie sanitaire. Les ‘‘Conseils De Défense’’ ne sortent pas d’un chapeau. Ces outils ont un statut juridique qui rend leur existence possible dans des situations exceptionnelles. Le président François Hollande a régulièrement convoqué des conseils de défense, « pour élaborer une réponse contre le terrorisme ».

Le coronavirus représentait-il une ‘‘guerre’’ ? Il a en tous cas suffit de déclarer que la pandémie était une guerre pour organiser la politique sanitaire de manière totalement secrète et en dehors de tout débat démocratique.

Une centaine de réunions du Conseil de Défense Sanitaire ont eu lieu entre 2020 et 2022. Qui dressera le bilan de cette structure ? Les historiens… dans soixante dix ans !

Les parlementaires et même les hauts fonctionnaires des ministère concernées ont des raisons de s’inquiéter de leur possible court-circuitage. Dans un rapport du 23 février 2022, la commission des affaires sociales du Sénat a estimé que ‘‘le seuil des 80 réunions du Conseil de Défense Sanitaire depuis le début de la pandémie a sans doute été franchi début 2022’’. Pour cette commission, ‘‘un tel mode de gouvernance achève de déséquilibrer les institutions’’. En cause notamment, une ‘‘opacité dans son fonctionnement, qui couvre du secret-défense les délibérations qui s’y tiennent’’.

Et voilà, qu’avec la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron annonce que les difficultés énergétiques seront traitées par un nouveau ‘‘Conseil De Défense’’. L’électricité, le gaz, se retrouvent donc dotés d’un statut militaires et seront traités dans la plus grande opacité par un nouveau ‘‘Conseil de Défense sur l’Énergie’’.

Là encore, risquent de disparaître le contrôle parlementaire et l’obligation de rendre des comptes à la représentation nationale !

Emmanuel Macron n’a pas inauguré le désossage de l’État. Le processus était antérieur à lui. Depuis très longtemps, chaque fois que l’État a supprimé des postes de fonctionnaires pour donner le sentiment qu’il comprimait ses dépenses, il a compensé la perte d’expertise qu’il occasionnait lui-même en ayant recours à des conseils extérieurs : Accenture, Bain, Boston Consulting Group (BCG), Capgemini, Eurogroup, EY, McKinsey… Tous ces cabinets internationaux interviennent désormais au cœur des politiques publiques. Toute la politique Covid a été élaborée par des cabinets de conseil. En pleine pandémie, le gouvernement a été incapable de conduire seul sa politique sanitaire. Il a dû signer « vingt-six contrats avec des cabinets de consultants en dix mois, soit une commande toutes les deux semaines. Cela représente plus d’un million d’euros par mois », s’étrangle la députée Les Républicains Véronique Louwagie, de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.

Une note du Sénat sur L’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques, indique que pendant toute la crise covid, McKinsey, en accord avec le ministère n’a pas utilisé son propre logo pour rédiger ses notes, mais le logo de l’administration.

S’il fallait une preuve que l’Etat en France est aujourd’hui une coquille vidée de toute substance et travaillant pour des intérêts privés…

© Yves Mamou  

avec l’aimable autorisation de Dreuz.info

Yves Mamou, a travaillé pendant deux décennies comme journaliste pour ‘‘Le Monde’’. Il écrit pour ‘‘le Gatestone Institute, Le Figaro, Causeurs’’, et d’autres médias. Ecrivain, il est l’auteur de nombreux ouvrages.

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Publié dans YVES MAMOU

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c'est évident que micron gère la france comme une entreprise. il est un de ces petits marquis qui arrivent et qui veut tout changer sans rien connaître, ne sachant la différence entre une commande et une facture. ceux qui ont travaillé en connaissent des tas. ils changent tout en mal évidemment, sont narcissique, prétentieux, et mettent le bordel en 6 mois. l'avantage en usine c'est qu'ils sont virés au bout d'un an !!! après avoir mis la société à genou !!!
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